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Texte écrit par Maryse Laroque

Republique-de-Platon.jpgSocrate dialogue avec quelques amis dans la maison de Céphalos le soir d'une fête exotique très attendue. Cette joute verbale a lieu dans le port d'Athènes, le Pirée. La conversation est un tel plaisir qu'elle fait oublier la raison initiale de leur rendez-vous : la fête et le banquet.

 

La République est une œuvre magistrale mais elle peut heurter par certains points. La puissance de ce texte en fait la source de tous les systèmes politiques.

Socrate dirige le dialogue et analyse très finement le fondement de la Cité idéale. Certains détails ont l'air peu important. Par contre d'autres ont provoqué l'indignation comme la mise en commun des femmes et des enfants, la suppression des enfants non conformes, ou les mesures contre les Poètes.

Il construit une architecture complexe. Les raisonnements sont ondulatoires tout au long du dialogue. Parfois ils n'aboutissent à rien, parfois la réflexion est si poussée qu'on a peine à la suivre.

Le lecteur a le choix entre une cité purement imaginaire pour le plaisir intellectuel du groupe d'amis et une réflexion sur des enjeux politiques tout à fait réels.

 

Personnages : Socrate avec Céphalos ( père de Polémarque et riche négociant), Polémarque, Thrasymaque, Glaucon et Adimante.

 

I - A la recherche de la justice

 

La conversation traite de la justice. Socrate va produire l'image d'un homme, sage ou philosophe, juste, validée par ses amis, au service de la Cité. Cet homme sera le roi. Il sera d'abord le seul citoyen puis sera reproductible dans tous les citoyens de la Cité idéale.
Débat :

Céphalos (le plus âgé) considère que la justice revient à s'acquitter de ses dettes. Cette vue du commerçant est trop caricaturale : il achète son bonheur dans l'au-delà comme on achète une marchandise.

Polémarque pense que la justice sert à servir ses amis et à desservir ses ennemis.
Socrate lui démontre l'insuffisance de cette théorie : il est difficile de reconnaître qui est réellement ami ou ennemi. Donc si on sert un ami qui est en réalité un ennemi, on va créer de l'injustice en pensant être juste.

Thrasymaque, le maître de sophistique, intervient violemment. La justice est l'ordre civique où les gouvernés obéissent aux gouvernants, même si les gouvernants sont injustes. Il va jusqu'à dire que l'injustice est vertu.

Socrate démontre que chaque métier a le souci de son objectif. Le gouvernant va donc œuvrer pour l'intérêt de ses gouvernés et pas dans le sien faute de quoi les gouvernants se battrait entr'eux et on aboutirait au chaos.

Glaucon et Adimante, contre leur gré, concluent "on parle de justice lorsqu'on subit un préjudice et chacun cherche à dominer au moyen de l'injustice". Ils veulent que Socrate relève la justice à laquelle ils croient au rang qui lui est dû. Elle est rabaissée par les mœurs qui résultent de l'éducation. Il faut donc réformer l'éducation afin d'obtenir ce roi philosophe qui saura résister à la tentation de profiter de son statut pour abuser de son pouvoir et qui ne se transformera pas en tyran. Il faut rechercher la justice dans l'âme. Par analogie, il va la définir à partir de l'image de la justice dans la cité. L'âme sera divisée en 3 : raison, agressivité, désir. La Cité sera divisée elle aussi en 3 classes.

 

II - Le modèle de la Cité

 

Il faut définir l'essence de la justice et démontrer qu'elle a des conséquences préférables à l'injustice. Socrate avec le philosophe roi pourra à la fois résoudre la question de l'excellence de la justice et celle de sa mise en œuvre.

L'homme est commandé par le désir et non par le principe de justice.

Socrate va faire récuser par Adimante l'éducation par l'à peu près des Poètes (Homère, Hésiode assuraient l'éducation à Athènes) sur la justice.

Il commence par une Cité limitée aux besoins élémentaires : chacun y exerce un métier et un seul. Mais cela ne convient pas au groupe. Socrate va donc repartir d'une cité plus complexe, réelle. Seront en jeu les passions, la guerre, l'injustice qui serviront de fil d'Ariane pour l'analyse de la justice.

Un nouveau métier apparaît, celui de soldat comme gardien. Il faudra former ces gardiens pour qu'ils soient féroces au-dehors et bienveillants au-dedans, comme de bons chiens de garde. Il ne faut pas effrayer le cœur des gardiens par des visions terribles comme les poètes le font. Il faut que les gardiens cultivent la maîtrise de soi. On élimine la tragédie, la comédie, le mime. Il ne sera gardé que la musique, c'est à dire la pratique des arts et le gymnase. La musique éduquera l'âme et le gymnase le corps. Les gardiens d'abord sont des guerriers puis au fur et à mesure l'éducation va en faire des philosophes.

 

III - La seconde éducation du gardien philosophe

 

"La figure idéale du Bien constitue l'étude supérieure et c'est de cette figure idéale que les actes de justice et attitudes afférentes tirent intérêt et utilité "

 

La parabole de la caverne : la conversion au Bien.

 

Des hommes sont enchaînés depuis l'enfance dans une sorte d'habitation souterraine en forme de grotte. Ils sont figés et ne peuvent pas tourner la tête. Ils ne voient que devant eux. L'entrée laisse pénétrer la lumière sur toute la largeur. Derrière eux, il y a un feu en surplomb, assez loin. Assez haut, perpendiculairement à la ligne allant du feu à la grotte, il y a une route et un muret qui la suit. Ce décor cache le soleil. Le long du muret se déplacent des gens transportant des objets divers qui dépassent du mur, des mannequins et autres figures animales et toute sorte de formes fabriquées. Certains font du bruit, d’autres restent silencieux. La vision qu'ils vont avoir d'eux-mêmes et des autres va se borner aux ombres que le feu projette sur la paroi de la grotte en face d'eux. S'ils attribuent des noms, ça sera aux ombres. S'ils entendent un son, il ne pourra être émis que par les ombres. Les hommes détenus ne prendraient pour vrai que les ombres.

On détache l'un d'eux. On l'oblige à se redresser, à tourner le cou, à marcher et à regarder dans la direction de la lumière. Il a mal aux yeux, juge que les ombres qu'il voyait naguère étaient plus réelles que les objets qu'on lui montre à présent et plus claires. On le force à continuer sur la pente jusqu'à la lumière du soleil. Il souffre, il est furieux. L'éclat du soleil l'empêche de voir les objets qu'on qualifie de vrais maintenant.

Puis il va s'habituer. Il raisonne, il comprend le rôle du soleil sur les reflets, les saisons, l'essence du monde. Les détenus ne voyaient que des simulacres.

Cet homme (le philosophe) revient voir ses anciens compagnons dont les honneurs, les louanges et les récompenses sont attribués à ceux qui ont la meilleure perception et le meilleur souvenir des figures qui défilent. Il ne convoitera aucun de ces honneurs et ne les jalousera pas.

Mais sa vue sera brouillée par l'obscurité de la grotte, on va se moquer de lui et se dire que ses yeux ont été abimés pour être monté si haut. Que quelqu'un songe à libérer les autres détenus, il sera tué.

 

Socrate dit "le passage de la lumière à l'obscurité et le passage de l'obscurité à la lumière affectent les yeux". Il fait une analogie avec l'âme pour laquelle il faudra examiner les 2 cas avant de se moquer d'elle.

 

Cette parabole démontre que le philosophe ne peut pas être roi sans y être forcé car sa connaissance est absolue et ne peut pas être comparée à celle des non-philosophes. Il n’en reste pas moins que le pouvoir devra être donné à des hommes désintéressés. On exclut d’emblée les miséreux et les amoureux du pouvoir. Il reste les sportifs de la guerre, les gardiens. Mais il faut revoir l'éducation car la musique et le gymnase ne sont plus adaptés. Il faut qu'ils soient élevés jusqu'au « domaine de l'exister ». Socrate préconise la philosophie des nombres, la géométrie, la stéréométrie (science des volumes), l'astronomie.

Les femmes recevront la même éducation que les gardiens et auront le même métier en tenant compte de la seule différence physique. Ils pourront procréer en toute liberté entr'eux à quelques exceptions près d'âge et de parenté.

Les enfants naîtront dans des crèches et seront mis en communauté. Les mères ne les connaitront pas. Ils seront pris en charge par des nourrices et des femmes chargées de l'éducation afin d’éviter toute fatigue aux géniteurs. Leur formation sera du domaine exclusif de la Cité selon les règles établies dans le déroulement du discours. Toute anormalité sera écartée

Il va falloir que le choix d'une existence dans l'honnêteté soit prédominant par rapport à une existance dans le mal. Il faut que l'éducation prouve que l'exaltation qui vient des honneurs, de l'argent, du pouvoir, de la poésie, ne vaut pas qu'on perde le souci de la justice, de toute forme de perfection morale.

 

IV - Conclusion : l'éternité ou l'absolu de l'âme

 

L'âme n'est injuste que lorsqu'elle est liée au corps. Le ciel ne se désintéressera de quiconque qui mettra au premier plan sa volonté de devenir juste et qui fait métier de la perfection morale, en tout ce qui est au pouvoir de l'homme pour ressembler à la divinité, d'où la nécessité de l'injustice. Les anciens devenus justes exerceront les postes d'autorité. Ces valeurs morales seront reproduites dans chaque citoyen afin qu'il soit à l'image du philosophe roi pour que la Cité idéale soit aussi parfaite que l'âme dans son éternité.

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