La philosophie pour tous

L'ethnocentrisme attaqué par Montaigne, Montesquieu, puis Claude Lévi-Strauss...pour donner le relativisme culturel

24 Février 2011 , Rédigé par Jefka Publié dans #LA PHILOSOPHIE - LES IDEES

Culture-civilisation.jpgLe mot civilisation est interprétable de façon de façon différente selon l’article qui le précède. Ainsi, on parle de la civilisation, par opposition à la nature, comme d’une production humaine, représentée comme l’ensemble des acquis, des institutions, qui fait de l’homme un être ayant dépassé son état naturel. Il y a également les civilisations, c’est-à-dire plusieurs groupes culturels se distinguant les uns des autres selon leur positionnement spatio-temporel. Mais la distinction et la hiérarchisation sont voisines. Ainsi, au nom de la civilisation, l’homme s’est mis à comparer les civilisations, jusqu’à considérer certaines comme supérieures à d’autres. Les sociétés occidentales par exemple, ont décrétées qu’elles étaient les plus avancées une fois de nouveaux territoires conquis, en référence aux populations nouvellement colonisées. Cette supériorité affirmée est la conclusion d’un ethnocentrisme tendant à considérer un modèle culturel, en l’occurrence le sien, comme valant tous les autres, et donc à dévaloriser toute structure sociétale qui n’en a pas les caractéristiques. L’ethnocentrisme vise ainsi l’uniformisation, au mépris de la diversité culturelle, traitant celle-ci d’ailleurs comme un marqueur pour démontrer la supériorité d’un groupe sur tous les autres qui ne lui ressemblent pas. Cette tendance n’est pas nouvelle. Les grecs raisonnaient déjà ainsi, comme l’explique Claude Lévi-Strauss dans Race et histoire : « Ainsi l’Antiquité confondait-elle tout ce qui ne participait pas à la culture grecque (puis gréco-romaine) sous le même nom de barbare : la civilisation occidentale a ensuite utilisé le terme de sauvage dans le même sens…Dans les deux cas, on refuse d’admettre le fait même de la diversité culturelle. » Ainsi, celui qui vit différemment prend le qualificatif de barbare, ou encore de sauvage. Il ne peut y avoir qu’un modèle civilisé, telle est la poussée ethnocentrique qui tend vers l’absolu, en excluant tout interstice relativiste. Le développement des sciences humaines au XIXème et au XXème siècle, dont l’ethnologie, produit de nouvelles considérations à propos de la multiplicité des civilisations. Le relativisme culturel supplante peu à peu l’ethnocentrisme, en refusant de comparer les histoires de chaque peuple pour les juger ensuite. Mettre de la distance historique entre les civilisations pour conclure sur le retard de certaines par rapport à d’autres serait un non-sens, car le temps ne préjuge d’aucune avancée démontrant une supériorité, ce que nous dit une fois encore Lévi-Strauss : « Le développement des connaissances préhistoriques et archéologiques tend à étaler dans l’espace des formes de civilisations que nous étions portés à imaginer comme échelonnées dans le temps. » C’est sur le plan spatial qui convient de considérer les civilisations. Il n’est pas de culture plus primitive que d’autres : « En vérité, il n’existe pas de peuples enfants : tous sont adultes, même ceux qui n’ont pas tenu le journal de leur enfance et de leur adolescence. » L’analyse de Lévi-Strauss renverse la pensée classique. Avant lui, Montaigne déjà s’était engagé dans une réflexion à contre-courant des idées dominantes : « Nous les pouvons donc bien appeler barbares, eu égard aux règles de la raison, mais non pas eu égard à nous, qui les surpassions en toute sorte de barbarie. » A l’époque, l’auteur des Essais s’insurge avant tout contre les cruautés des guerres de religion. La vision de Montaigne est plus un ethnocentrisme à l’envers, pour dénoncer la barbarie de ses contemporains, comparativement à d’autres cultures qui n’ont pas atteintes un tel niveau d’horreur en leur sein. Montesquieu plus tard, ira plus loin que Montaigne, notamment avec les Lettres persanes. Un étranger, de confession musulmane, analyse les mœurs françaises, et s’indigne de tant d’inégalités et du peu de considération par les soi-disant élites  pour le peuple. Dérouté, mais surtout scandalisé, il en vient à se demander comment l’on peut être français. Ce n’est pas tant cette interrogation qui importe, mais le constat que tout jugement, quel que soit la position de celui qui juge, se construit avec des codes culturels qui sont ancrés dans une civilisation donnée, particulière, et n’ont donc rien d’universel. Ainsi, au sujet de la diversité culturelle, aucune comparaison, aucune hiérarchisation, n’est admissible, car aucun modèle n’est plus légitime qu’un autre. A propos de la culture, des civilisations, il ne peut être question de comparer, mais bien plus d’échanger. Pas sûr que l’on en prenne aujourd’hui le chemin…

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Clovis Simard 07/08/2012

Blog(fermaton.over-blog.com),NO.24- THÉORÈME de STRAUSS. - Mon rêve de toujours.

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