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Les chemins de la culture

Les chemins de la culture

Philosophie, économie, politique, littérature, la culture rendue accessible à tous

Extrait de Science et Religion - Bertrand Russel - Avertissement à la psychologie scientifique à propos de la conscience

Science-et-Religion-Russell.jpgNous disons que nous sommes « conscients », mais que les bâtons et les pierres ne le sont pas ; nous disons que nous sommes « conscients » quand nous sommes éveillés, mais non quand nous dormons. Nous voulons certainement dire quelque chose par là, et quelque chose de vrai. Mais c’est une affaire difficile à exprimer ce qu’est cette chose vraie : il faut un changement de langage.

Quand nous disons que nous sommes « conscients », nous voulons dire deux choses : d’une part, que nous réagissons d’une certaine manière envers notre milieu ; d’autre part, qu’il nous semble trouver, en regardant en nous-mêmes, une certaine qualité dans nos pensées et nos sentiments, qualité que nous ne trouvons pas dans les objets inanimés.

En ce qui concerne notre réaction envers le milieu, elle consiste à être conscient de quelque chose. Si vous criez : « Hé ! », les gens se retournent, mais pas les pierres. Vous savez que si vous vous retourner vous-même dans un tel cas, c’est parce que vous avez entendu du bruit. Tant qu’on pouvait supposer qu’on « percevait » les objets du monde extérieur, on pouvait dire qu’en les percevant on en était « conscient ». Maintenant, nous pouvons seulement dire que nous réagissons à des excitations ; les pierres en font autant, bien que les excitations auxquelles elles réagissent soient moins nombreuses. Ainsi en ce qui concerne la « perception » extérieure, la différence entre une pierre et nous n’est qu’une différence de degré.

La partie la plus importante de la notion de « conscience » concerne ce que nous découvrons par introspection. Non seulement nous réagissons envers les faits extérieurs, mais nous savons que nous réagissons. La pierre, croyons-nous, ne sait pas qu’elle réagit, mais, si elle le fait, elle est « consciente ». Ici aussi, l’analyse montre qu’il ne s’agit que d’une différence de degré […]. Je ne prétends pas que ce qui précède soit une analyse complète de ce que nous appelons d’une façon vague la « conscience » : la question est vaste, et exigerait un volume entier. Je veux seulement indiquer que ce qui paraît à première vue une notion précise est en réalité tout le contraire, et que la psychologie scientifique a besoin d’un vocabulaire différent.

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