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Le désespoir est un espoir qui n’a plus les moyens. Désespérant, on espère toujours, mais négativement, s’il fallait considérer l’espoir et le désespoir
comme deux pôles d’attraction qui s’opposent. Ou alors, désespérant, on espère à l’envers, estimant qu’espoir et désespoir sont deux faces d’une même pièce, ou deux côtés équidistants d’un seul
espace. Ou encore comme deux sœurs ennemies, mais deux sœurs malgré tout, d’une même famille donc. A moins qu’il n’y ait ni espoir, ni désespoir, mais une seule et unique chose, trouble, qui
anime, et dont le sens n’est que la variante d’un état exclusif. Toujours est-il que même en les distinguant, espoir et désespoir ont ce point commun de créer de la nécessité. Ou peut-être
sont-ils le résultat de cette nécessité. Espérant, je suis comme une flèche sur l’arc bandé, tendu vers un point et rien ne m’en détournera si le geste de l’archer est accompli efficacement.
L’espoir est une cible, et comme toute cible, elle est atteinte, ou pas. C’est lorsque la corde se rompt par trop de tension, ou alors empêche la trajectoire idéale car mal tendue, que la
flèche devient désespérante. Parce que le point de mire, lui, est toujours là, que l’archer soit satisfait ou défait. La cible est comme un œil qui scrute l’archer, avec une telle intensité et si
imperturbablement qu’il est bien difficile de s’en détacher. On se trouve ainsi comme collé sur la corde avant que d’être décoché. Alors il faut espérer ou désespérer. A moins d’empoigner
l’archer et lui faire sa fête, le menacer lui, ou son arc, pour qu’il nous foute la paix. Sauf que cet archer, c’est soi-même.