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Les chemins de la culture

Les chemins de la culture

Philosophie, économie, politique, littérature, la culture rendue accessible à tous

Cycle sur Nietzsche : Ce qui ne me tue pas me rend plus fort...ou la maladie synonyme de lucidité et de grande santé

« La maladie me libéra lentement : elle m’épargna toute rupture, toute démarche violente et choquante. […] La maladie me conféra du même coup le droit à un bouleversement complet de toutes mes habitudes : elle me permit, elle m’ordonna l’oubli ; elle me fit le cadeau de l’obligation à la position allongée, au loisir, à l’attente et à la patience…Mais c’est cela qui s’appelle penser ! »                     (Ecce Homo – Nietzsche).


Ce-qui-ne-me-tue-pas-me-rend-plus-fort.jpgNietzsche considère que grâce à la maladie, l’homme est capable de se guérir. Premièrement, elle rompt les habitudes. Être malade, c’est ne pas être dans son état normal, ce qui constitue un choc générant un détachement de soi vis-à-vis de son environnement proche. La maladie en quelque sorte réveille. De plus, elle oblige le malade à interrompre son activité habituelle, à s’allonger comme le dit Nietzsche, et à attendre. Il n’y pas de meilleure position pour permettre à l’intellect de s’ouvrir vers de nouveaux horizons, à délier les schémas ordinaires de pensée pour s’engager dans des réflexions plus profondes. La maladie induit ainsi une intensité spirituelle bien plus forte qu’elle ne peut l’être lorsque que l’homme berce dans la routine. Le malade se trouve alors sujet à un changement de perspectives : ce qui, avant d’être souffrant, semblait important devient dérisoire, et inversement. Le monde est représenté différemment selon que l’on est en bonne santé ou pas. Nietzsche voit d’ailleurs dans la maladie un facteur de lucidité. Selon lui, la douleur physique s’accompagne d’un désenchantement qui éloigne toute illusion quant à l’interprétation du réel : « L’être profondément souffrant jette sur les choses, du fond de son mal, un regard d’une épouvantable froideur : tous ces petits enchantements trompeurs au milieu desquels les choses baignent habituellement lorsqu’elles sont contemplées par l’œil d’un bien-portant, ont disparu pour lui : il gît lui-même sous son propre regard, sans charme et sans couleur. A supposer qu’il ait vécu jusque-là dans quelque dangereuse rêverie, le suprême rappel à la réalité de la douleur constitue le moyen de l’arracher à cette rêverie, et peut-être le seul moyen » (Aurore – Nietzsche).


La maladie est également pour Nietzsche le moyen de retrouver la vitalité sommeillant en chacun de nous parce que le malade ne doit pas s’effondrer dans le pessimisme. Ce serait renoncer à ses instincts que de ne pas dépasser ce qui naturellement nous diminue. Le pessimisme pour Nietzsche est une vue de l’esprit que seuls les biens-portants peuvent adopter. Selon lui, la maladie doit au contraire conduire à l’optimisme pour qu’une fois rétabli, l’homme ait de nouveau le droit de verser dans des considérations pessimistes. La maladie serait en quelque sorte une traversée qui aboutit à une renaissance, l’être humain y gagnant plus d’acuité en matière de sensibilité : « On revient régénéré de tels abîmes, d’une aussi dure consomption du lourd soupçon, en ayant fait peau neuve, plus chatouilleux, plus méchant, avec un goût plus fin de la joie, avec une langue plus délicate pour toutes les bonnes choses, avec des sens plus joyeux, avec une seconde et plus dangereuse innocence dans la joie, à la fois plus enfant et cent fois plus raffiné qu’on ne l’a jamais été auparavant » (Le Gai Savoir – Nietzsche).


Nietzsche considère enfin que la maladie est un objet de connaissance de soi. Il formule le concept d’une grande santé, qui n’est pas le fait d’être en très bonne condition physique, mais la faculté du malade à apprendre sur lui-même, donc sur sa santé, en combattant le mal qui le ronge. Il n’y a pas une façon, ni un modèle unique, d’affronter une défaillance physique. Chacun dispose d’une vitalité singulière lui permettant de se battre contre la maladie, et cette dernière révèle ce dont est capable la personne menant ce type de combat. Certains d’ailleurs trouvent dans la maladie le moyen de se surpasser au quotidien, habitués qu’ils sont à des luttes intérieures. Pour Nietzsche, « la maladie est un puissant stimulant ». Mais il prévient qu’ « il faut être assez sain pour ce stimulant » (Fragment posthume – Nietzsche). Des hommes ont peut-être pu se trouver grâce à la maladie, guéris d’une existence par trop consensuelle et ainsi tronquée. Mais cela n’est pas systématique, loin de là. La maladie effraie et par conséquent il est très difficile d’envisager en tirer des bénéfices. Plus facile à dire qu’à faire dirions-nous. Cependant, Nietzsche a été malade une grande partie de sa vie, et on peut donc lui reconnaître une certaine légitimité pour la penser de façon optimiste. Admettons que ses propositions sont les conseils d’un homme avisé qui s’essaie à dépasser la souffrance, ce qui constitue un message d’espoir. Mais celui-ci ne peut être reçu qu’une fois la maladie venue, et ainsi il est difficilement discutable par ceux qui se portent bien.

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supraman 27/01/2014 04:42

supraman ne meurt jamais motherfuckers !!!!