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Les chemins de la culture

Les chemins de la culture

Philosophie, économie, politique, littérature, la culture rendue accessible à tous

L'obéissance et la résistance pour préserver le pouvoir représentatif

Obeissance-resistance-copie-1.jpgLa révolution politique est un saut historique. Elle retourne un ordre établi, pour en installer un nouveau. Il n’y a guère de continuité entre le précédent ordre et le nouveau, sauf à ce que le premier crée les conditions pour la mise en place du second. Mais celles-ci ne sont pas suffisantes pour qu’un renversement du pouvoir soit inéluctable, ce qui suppose cette discontinuité historique dont nous faisons état. La révolution politique ne s’inscrit pas non plus dans un cycle. Elle n’est pas comme en physique l’aboutissement d’un phénomène naturel, régi par une loi empêchant tout écart. Le soulèvement d’un peuple contre l’autorité en place n’est pas déterminable. Il n’y a pas de science révolutionnaire prédictive et cela fort heureusement, car toute science porte le risque d’être exploitée à de mauvaise fin. Les tyrans auraient vite faits de s’emparer de lois révolutionnaires si celles-ci existaient pour anticiper et tuer dans l’œuf toute initiative insurrectionnelle. Néanmoins, la révolution ne se fait pas sans ingrédients. Le premier d’entre tous est la révolte. Toute révolution commence par des révoltes, mais toute révolte n’aboutit pas à une situation révolutionnaire. Voilà ce qui contrarie toute prédiction, la révolte étant avant tout morale, pour devenir ensuite politique avec la révolution, mais ce devenir n’est pas inscrit. Pourquoi ? Parce que le révolté au stade de la révolte sait ce qu’il ne veut pas, en disant non, mais n’a pas d’idée sur ce qu’il veut. Le révolté s’affirme en s’arrêtant à un moment donné, et il le fait d’autant plus avec force, même si celle-ci n’est pas extériorisée. La violence en effet n’est pas nécessaire à la  révolte. Qu’est-ce qui fonde alors cette dernière ? Le sentiment d’injustice. Je me révolte contre ce qui m’est injuste. En d’autres termes, la révolte s’inscrit dans un rapport personnel entre l’individu et le réel. Que le réel ne s’accorde pas avec l’idée que je me fais de la justice, que ce désaccord se prolonge dans le temps et se propage dans toutes mes pensées, jusque dans les plus intimes, et me voici prêt à me révolter. Je dis non à ce qui pour moi est devenu inacceptable, en vertu des valeurs que je fais miennes. La révolte est donc bien un état personnel, un sentiment. Il peut par conséquent exister autant de révoltes que d’individus, corrélation que l’on pourrait considérer comme propice au développement d’un élan révolutionnaire. Pour autant, c’est bien plus la convergence que la multitude qui est favorable à une poussée insurrectionnelle. En effet, de la révolte à la révolution, il y a un stade intermédiaire : l’insurrection. Celle-ci résulte de la réunion de sentiments d’injustice partagés, de souffrances morales qui convergent vers un point contestataire. Autrement dit, l’insurrection est le rassemblement de révoltes individuelles dont l’objet est commun, lesquelles trouvent dans le rapprochement un moyen d’agir. La révolte passe à l’insurrection avec l’action. Mais l’insurrection n’est pas encore une révolution, et peut-être ne le sera-t-elle jamais, parce qu’elle engage une communauté d’intérêts particuliers sans pour autant représenter une volonté générale. L’insurrection vise à rétablir la justice au profit de ceux qui s’insurgent, mais elle n’en est pas encore à dépasser la somme des intérêts individuels qui l’alimentent. La révolution par contre déborde les passions et mobiles privés. Ce sont certes les hommes qui font l’histoire mais l’individu, qu’il soit isolé ou réuni, ne peut rien pour renverser les lignes. Il y a dans la révolution une dynamique supra-individuelle qui surpasse les intentions particulières. Cette force est du même ordre que la volonté générale qui légitime le pouvoir qui la représente. Lorsque le peule s’en remet à la représentation, c’est pour que celle-ci agisse au nom de tous et non pour satisfaire la somme des volontés individuelles, celles-ci se soustrayant bien plus les unes par rapport aux autres que s’additionnant. Le pouvoir est en quelque sorte un produit et non la résultante d’une sommation. Il en est de même de la révolution qui n’existe qu’en allant au-delà du caractère individuel de la révolte et de l’insurrection, tout comme le pouvoir représentatif. Si ce dernier tend à s’inscrire bien plus dans des considérations individuelles, il perd de sa légitimité en tant que représentant de la souveraineté du peuple. Le pouvoir représentatif a autant besoin d’obéissance que de résistance. On s’en remet à l’autorité lorsque celle-ci nous représente ; on la défait quand elle est devenue l’instrument de quelques-uns.

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