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Les chemins de la culture

Les chemins de la culture

Philosophie, économie, politique, littérature, la culture rendue accessible à tous

Nation et Etat : le romantisme du XIXème siècle contre la Révolution française...ou une troisième voie vers un partage ouvert des valeurs de la commnauté

Nation-etat-philosophie-romantisme-revolution-francaise.jpgQu’est-ce qu’une nation ? Qu’est-ce qu’un Etat ? Les deux sont-ils différents ou indissociables ? Certains politiques français se sont animés ces derniers temps autour de la notion d’identité nationale, sans poser préalablement ces questions pourtant essentielles à tout débat dont la portée est communautaire. Il fallait certainement que les discussions soient engagées au plus vite pour satisfaire quelque stratégie politicienne, voire électoraliste, mais ceci n’est pas notre sujet. Réfléchissons plutôt à la signification de chaque terme. L’analyse étymologique nous dit que le mot nation est issu du latin natio, dérivant de natus, ce qui renvoie à la naissance. Ainsi, la nation est à l’origine bien plus d’essence naturelle que contractuelle, contrairement à l’Etat qui est une personnalité morale sur le plan juridique. On appartient à une nation en fonction de son lieu de naissance. Il s’agit là d’une conception portée par le romantisme du XIXème siècle, en opposition à l’esprit des Lumières qui le précéda. Selon les romantiques, la nation existe en soi et chaque individu y est intégré de fait, compte tenu de ses origines. Le lien entre les hommes se créerait donc sur cette base, dans une communauté dont l’esprit est indépendant de ses membres. Il existerait en effet une âme collective en laquelle chacun s’y retrouverait, et même un génie qui serait l’aboutissement intellectuel, le sommet d’un esprit collectif, conquis par tout un peuple, sans que le mérite n’en revienne à quiconque. C’est donc la nation qui fait l’individu, et le détermine. Chacun dispose dès son arrivée au monde d’un héritage, et il le perpétue sa vie durant pour à son tour le léguer à ceux qui lui succèderont. Le romantisme est une idée empreinte de conservatisme et elle promeut la singularité nationale. L’universalisme n’y est pas reconnu ; il existe des nations différentes l’une de l’autre parce que chacune a son origine, et cette différence est entretenue par une force conservatrice à laquelle personne n’échapperait ou ne doit tenter de le faire. C’est sur cette proposition que la critique est la plus forte concernant le romantisme, parce qu’il y est question de cultiver un esprit nationaliste qui, à la fois porte atteinte significativement à la liberté individuelle, et produit des passions guerrières. Il est dangereux de considérer l’être humain uniquement en fonction de sa nationalité, et ainsi diviser de façon irréductible l’espèce humaine. L’homme est avant tout homme, avant que d’appartenir à un groupe national, comme le rappelle Ernest Renan, intellectuel français du XIXème siècle, lors d’une Conférence donnée à la Sorbonne en 1882 et intitulée Qu’est-ce qu’une nation ? : « N’abandonnons pas ce principe fondamental que l’homme est un être raisonnable et moral avant d’être parqué dans telle ou telle langue, avant d’être membre de telle ou telle race, un adhérent de telle ou telle culture. Avant la culture française, la culture allemande, la culture italienne, il y a la culture humaine. Voyez les grands hommes de la Renaissance ; ils n’étaient ni français, ni italiens, ni allemands. Ils avaient retrouvé, par leur commerce avec l’Antiquité, le secret de l’éducation véritable de l’esprit humain, et ils s’y dévouaient corps et âme. Comme ils firent bien ! ».

 

S’oppose au nationalisme romantique une conception héritée de la Révolution française, qui privilégie l’intention et non la nature. Ainsi, l’appartenance à une nation est l’expression d’une volonté, d’un choix, d’un engagement à respecter un contrat collectif représenté par l’Etat et ses institutions. La nation est une adhésion de tous ceux qui la composent à partager au présent un destin commun. La vision « révolutionnaire » fait peu de cas du passé en s’inscrivant résolument vers l’avenir. Dans l’absolu, elle n’a pas non plus de limite géographique. La communauté reposant sur un contrat, celui-ci est adaptable selon la volonté des contractants à élargir le champ contractuel. Il s’agit d’une pensée cosmopolite qui, jusqu’à l’utopie, fait de la nation une étape transitoire vers un universalisme total, où l’homme serait citoyen du monde et non d’une partie. Cette finalité utopique n’est pas une impasse, mais une voie constructive vers plus de collaboration entre les peuples. Cependant, nous n’en sommes pas aujourd’hui à une dissolution de toutes les nations dans un vaste ensemble, et cette fusion générale n’est peut-être pas désirable. Une communauté nationale est plus qu’un accord contractuel. Elle est aussi le fruit d’une histoire commune, partagée et reconnue avec ses joies, mais aussi ses souffrances. Ce sont également les affres de la vie, les épreuves collectives, qui lient les hommes entre eux et les amènent à se dépasser ensemble. De ces liens, il en résulte des productions culturelles chargées de sens dont la liquidation dans un vaste ensemble n’est guère souhaitable. En effet, l’homme se connaît à travers soi-même, mais aussi à partir du monde qui l’entoure. Il a besoin de repères identitaires, et la nation en est un. Celle-ci satisfait également au besoin d’appartenance de chacun, soit pour se rassurer, soit comme point de départ pour découvrir autre chose. A contrario, un contrat mondialisé n’a guère de force symbolique ; il ressemble plus à un dispositif froid, sans affectivité.

 

Que choisir dès lors entre romantisme et conception « révolutionnaire », entre nature et culture ? La réponse est en nous ; l’homme est un produit de la nature qui s’élève avec la culture. Il doit en être de même sur le plan collectif : la nation s’inscrit certes géographiquement, mais elle est aussi la réunion de valeurs communes, héritées d’un passé qui n’appartient à personne mais à tout le monde. Les valeurs sont comme les hommes, c’est-à-dire qu’elles ne sont pas éternelles, car ce sont les hommes qui les portent. C’est donc jouer contre la nature que de les enfermer dans une tradition conservatrice qui refuse toute variation, tant spatiale que temporelle. Les valeurs, et avec elles la nation qui y est associée, sont à ouvrir à tous ceux qui désirent les partager, les vivre, les faire évoluer dans le respect du contrat qui caractérise la communauté, qu’ils soient nés ou non sur le sol où elles se sont développées.

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