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Les chemins de la culture

Les chemins de la culture

Philosophie, économie, politique, littérature, la culture rendue accessible à tous

L'homme et la mer - Un poème de Baudelaire commenté

Homme-mer-Baudelaire.jpgL’homme libre est comme la mer. Insondable, impétueux, indomptable. Il coule comme l’eau. La volonté est comme les ressacs marins ; elle dépasse les obstacles. L’homme libre prend sa part du réel à son compte, il l’entreprend, l’investit, tel une vague prenant possession de la terre. L’homme libre ressemble à la mer ; elle est son miroir. Lui qui se complaît dans son image, l’immensité marine satisfait cette complaisance de soi. Mais cette immensité n’est pas que de surface. Il est des profondeurs marines, et la mer ainsi est pleine de mystère car elle abuse le regard, en proposant un horizon iodée, rythmé par la marée, sans dévoiler ce qui se trouve dans son ventre. L’âme n’est pas moins différente. Elle ne se donne pas. Elle laisse seulement apparaître quelques signes, comme une promesse qu’ensuite elle ne tient pas. L’homme et la mer donc, unis, fraternels, pour mieux se désunir, s’affronter. La fraternité en effet n’est pas de tout repos. Ceux qui se ressemblent se divisent d’autant plus en aimant les mêmes choses. Et la mer et l’homme aiment les mêmes choses, ce que nous dit Baudelaire : le carnage et la mort.

 

Homme libre, toujours tu chériras la mer !

La mer est ton miroir ; tu contemples ton âme

Dans le déroulement infini de sa lame,

Et ton esprit n'est pas un gouffre moins amer.

 

Tu te plais à plonger au sein de ton image ;

Tu l'embrasses des yeux et des bras, et ton coeur

Se distrait quelquefois de sa propre rumeur

Au bruit de cette plainte indomptable et sauvage.

 

Vous êtes tous les deux ténébreux et discrets :

Homme, nul n'a sondé le fond de tes abîmes,

Ô mer, nul ne connaît tes richesses intimes,

Tant vous êtes jaloux de garder vos secrets !

 

Et cependant voilà des siècles innombrables

Que vous vous combattez sans pitié ni remord,

Tellement vous aimez le carnage et la mort,

Ô lutteurs éternels, ô frères implacables !

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Carole 16/05/2012 22:43

On cite souvent "L'homme et la mer", et on connaît moins bien "Obsession", un autre poème des Fleurs du Mal où Baudelaire dit : "Je te hais, Océan ! tes bonds et tes tumultes, / Mon esprit les
retrouve en lui ; ce rire amer / De l'homme vaincu, plein de sanglots et d'insultes, / Je l'entends dans le rire énorme de la mer".
Vous voyez qu'ici la liberté est devenue "obsession", enfermement dans le "miroir"que tend le monde.
Carole

Jefka 21/05/2012 09:14



effectivement Carole, je ne connais pas ce poème. Merci pour cette découverte.



tahar YETTOU 19/04/2012 14:53

Effectivement,la nature humaine est mystérieuse,nul ne peut se vanter en explorer les abîmes.