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Les chemins de la culture

Les chemins de la culture

Philosophie, économie, politique, littérature, la culture rendue accessible à tous

Demain, dès l'aube... Un poème de Victor Hugo commenté

Demain-des-l-aube-Victor-Hugo.jpgCe qui caractérise l’homme est la distance qu’il sait mettre entre le monde et lui-même. Il lui est possible d’échapper à l’immédiateté, à une adhérence totale avec le réel. Cette échappée lui est permise parce qu’il est une intériorité ; la pensée sait être son refuge. Elle est un écran sur lequel se posent des yeux endoloris par trop de malheurs. Le dehors est devenu si pénible qu’il faut l’éviter du regard, en orientant celui-ci vers soi et ainsi consacrer sa pensée comme l’objet de toutes ses attentions, pour plonger vers les profondeurs de son être. Il n’est pas forcé que cette immersion soit sans fin, en cherchant par exemple à rejoindre celle ou celui disparu. Elle est alors une communion retrouvée pendant que le monde interdit ces retrouvailles en ne proposant qu’une absence. Cher être disparu, seul mon souvenir t’autorise une résurrection. C’est une nouvelle rencontre que seule la pensée est capable d’orchestrer. Peu m’importe que je devienne un étranger à l’égard de ce monde qui à jamais te refuse. Ma pensée est plus forte car ta place y est réservée. Je peux dès lors avancer en te portant avec moi, et pourquoi pas jusqu’à la seule trace parmi les vivants qu’il reste de toi, cette tombe qui t’accueillît une dernière fois, comme si tu te rencontrais toi-même. Je t’offre ainsi une nouvelle distance, de celle qui fait l’homme. Le jour alors peut bien ressembler la nuit, la lumière est ailleurs, mais il me faut cheminer vers toi. Victor Hugo fait ce chemin pour rencontrer sa fille Léopoldine, disparue un jour de septembre 1843. Elle avait dix-neuf ans…

 

Demain, dès l'aube, à l'heure où blanchit la campagne,

Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m'attends.

J'irai par la forêt, j'irai par la montagne.

Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.

 

Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées,

Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit,

Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées,

Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit.

 

Je ne regarderai ni l'or du soir qui tombe,

Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur,

Et, quand j'arriverai, je mettrai sur ta tombe

Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur.

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Quentin-Collin Bernadette 08/02/2012 10:02

RE @ Callio "...le plaisir et la beauté des échanges épistolaires..." belle et bonne réflexion et si souvent les échanges épistoliers vers la famille, les amis, etc. ne donnent pas souvent lieu à
réponse, ces échanges ne seraient-ils limités qu'à n'être qu'un journal de bord personnel pour ne pas sombrer dans la solitude en tentant de partager un je ne sais quoi adressé à soi-même plutôt
qu'à un de ses pareils ? Hors là je pense que ce n'est pas seulement un fait des temps "modernes" dû à internet mais un fait de tous les temps, art épistolier : des dizaines de milliers de lettres
de Juliette D. adressées à Victor H., de tout autant nombreuses lettres de Claude Debussy, de Rainer-Maria Rilke, de George Sand, etc. écrites et adressées à tous puisque restées à la
postérité...cela même si nous ne prenons pas ou n'avons plus le temps de les lire ces lettres et d'y répondre en rêve imaginaire ou en réel personnel mais seulement pour soi-même ?

Callio 08/02/2012 04:29

Me voici devant un poème qui a toujours su m'émouvoir, depuis la toute première lecture,il y a de cela bien des années. Votre commentaire est d'une justesse touchante, il pose des mots sur des
sentiments de nostalgie, d'amour sincère, et de liberté qu'il évoque à mon esprit. L'homme a ce pouvoir immuable de liberté de sa pensée et quel réconfort y puise-t'il sachant qu'il peut retrouver,
par sa mémoire et son imagination, la présence d'un être chéri.

Il est un autre texte de Hugo qui me fut donné de lire en mon enfance. Il s'agit d'un court texte en prose au sujet de la correspondance manuscrite. Il y évoquait entre autres, le plaisir et la
beauté des échanges épistolaires, l'éveil des sens à l'odeur et à la texture du papier choisi, ainsi qu'à la vue mots. Il témoignait de l'émotion implicite à la calligraphie. Je me demandais si par
hasard vous connaîssiez ce court texte et le cas écheant, je vous serais fort gré de m'en faire part afin que je puisse renouer avec un souvenir du passé.
Merci à l'avance, et surtout, merci pour ces deux magnifiques commentaires sur Demain, dès l'aube et Le mendiant.

Callio

Quentin-Collin Bernadette 27/01/2012 18:13

si je pouvais la retrouver dans mes archives et ensuite y arriver je vous aurais posé sur FB une de mes photos prise à Villequier il y a quelques années, le petit musée consacré au grand Victor est
tout simple et ce jour-là la Seine était sereine, il n'y avait pas de vent, juste un peu d'humidité dans l'air et je crois me souvenir que même des cygnes blancs, ou un seul ?, se laissaient aller
dans le léger courant d'eau, l'âme de Léopoldine ou de Victor et peut-être aussi celle d'Adèle ?