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Les chemins de la culture

Les chemins de la culture

Philosophie, économie, politique, littérature, la culture rendue accessible à tous

A une passante - Un poème de Baudelaire commenté

Elle est passée, et rien ne se passa, si ce n’est son apparition dont la majesté fût d’autant plus remarquable que la rue qui l’accueillait était hurlante, comme monstrueuse. Une femme passa et c’était elle, l’amour idéal, dont l’indifférence signale l’inaccessibilité. Le poète a goûté peut-être un peu de cet amour, d’un regard, mais la chose est entendue, à jamais. Cet instant est devenu éternité. Rien ne s’est passé :

 

La rue assourdissante autour de moi hurlait.

Longue, mince, en grand deuil, douleur majestueuse,

Une femme passa, d’une main fastueuse

Soulevant, balançant le feston et l’ourlet ;

 

Agile et noble, avec sa jambe de statue.

Moi, je buvais, crispé comme un extravagant,

Dans son oeil, ciel livide où germe l’ouragan,

La douceur qui fascine et le plaisir qui tue.

 

Un éclair... puis la nuit ! - Fugitive beauté

Dont le regard m’a fait soudainement renaître,

Ne te verrai-je plus que dans l’éternité?

 

Ailleurs, bien loin d’ici ! trop tard ! jamais peut-être !

Car j’ignore où tu fuis, tu ne sais où je vais,

Ô toi que j’eusse aimée, ô toi qui le savais !

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bourkhis 16/06/2012 18:18

Je veux dire que ce sonnet du passage ou de l'amour naissant sans accomplissement dans le réel est désormais un modèle de la poésie moderne. Nombreux sont les poètes et écrivains qui s'inspireront
de cet instant fugitif de cette rencontre séparation entre le poète et son idéal. La passante fera le tour de plusieurs textes en changeant parfois de robe mais sans pour autant perdre son deuil.
Le poème nait désormais de la perte, de la vue aussitôt transformée en disparition de l'objet de quête voire d'amour!

Jefka 19/06/2012 09:17



perdre ce que l'on ne possède pas, ni ne touche...


Jean-François