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Les chemins de la culture

Les chemins de la culture

Philosophie, économie, politique, littérature, la culture rendue accessible à tous

La mort est une condition pour être vivant

La mort est un horizon qui appelle la philosophie, comme la religion. Ce n’est pas pour autant qu’une réflexion sur notre condition de mortel, sur notre finitude, soit systématiquement d’une portée philosophique. Il ne suffit pas de parler de la mort pour se considérer philosophe. Qu’est-ce d’ailleurs que philosopher ? La réponse à cette question, si tenté qu’une seule soit possible, n’est pas l’objet de ce propos, mais l’on peut d’ores et déjà dire que la mort est un sujet philosophique particulier, car c’est bien toute notre vie qui est en jeu. La mort est une affaire sérieuse, mais le sérieux d’un sujet n’induit pas la profondeur d’une conscience qui le vise, voire le sérieux est insurmontable et tout commentaire sur ce qu’il concerne n’aura qu’un caractère superficiel, comme l’explique Paul Valery : « L’objet réputé le plus sérieux peut ne permettre que les développements les plus « superficiels ». La mort par exemple, ne peut être pensée ou réfléchie qu’illusoirement. » Il faudrait donc être mort pour connaître réellement celle-ci et ainsi être en mesure de la penser, sauf que la pensée n’entre pas dans la tombe…Par contre, nous pouvons dire que cet appel de la mort à la philosophie ou à la religion est avant tout d’ordre thérapeutique. La raison et la foi ont cette faculté de soigner l’âme lorsque celle-ci est tourmentée par l’angoisse de la fin. Pansent-elles quelques plaies à l’aide de subterfuges ? Peu importe, à partir du moment où le pansement tient, que l’on sent mieux, ou moins mal. Cependant, la philosophie et la religion procèdent différemment. Leur pharmacie n’est pas la même. La première généralement ne considère pas la finitude comme une fin absolue, mais plutôt comme une étape. Seul le corps périt, l’esprit quant à lui est destiné à un autre monde. Mais il faut bien mourir pour ce destin. Avec la religion, nous ne sommes donc jamais totalement morts. Voilà de quoi rassurer…ou bien inquiéter un peu plus le philosophe, pour qui la vie est d’une valeur inestimable justement parce qu’elle n’est point éternelle. Souvenons-nous d’Ulysse qui refuse l’immortalité que lui proposait Calypso, préférant une existence bien remplie à une éternité fade. La saveur en effet tient sa qualité dans l’éphémérité de ce qu’elle touche.

Penser la mort est aussi l’occasion de réfléchir sur la contingence du monde. Notre mort est une possibilité de tous les instants. On peut également affirmer que vivre, c’est mourir un peu plus. Dès notre premier cri, nous sommes entraînés dans une spirale mortelle. Mais parce que me voici entraîné vers ma fin, je puis dire que je suis vivant. J’aurais très bien pu ne pas être et donc ne jamais mourir, ceci à défaut d’exister. La mort ainsi est une condition pour être vivant.

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