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Les chemins de la culture

Les chemins de la culture

Philosophie, économie, politique, littérature, la culture rendue accessible à tous

La distance avec soi, moteur de la machine désirante

Machine-desirante.jpgQue la conscience est douloureuse ! C’est avec elle que l’on se sent si petit, que l’on se sait si mortel. La conscience est comme un miroir où se reflète cet être que tout peut balayer, sans prévenir. Ce reflet est la misère de l’homme. On peut tout entreprendre, dompter la mer, les airs, la terre, un vent un peu trop fort ou alors une flamme par trop envahissante nous rappelle à notre finitude. Doit-on alors espérer briser ce miroir en autant de morceaux pour que notre image n’en soit plus une, et qu’ainsi nous échappions à la vision de notre condition désespérante ? Ce serait alors peut-être que folie, perspective guère enviable parce qu’elle est un voyage sans retour, aussi effrayante que la mort elle-même. Elle procède du même ordre en anéantissant ce qui autorise à se représenter notre fin. Cette dernière bien-sûr est irrémédiable, mais au moins la penser nous en rend un peu moins esclave que de l’ignorer. Avec la conscience, on comprend qu’il y a un enjeu à exister, c’est-à-dire de parcourir au mieux cette vie qui nous a été donnée sans qu’il nous ait été demandé de la vivre. La naissance est en effet la toute première des obligations…

Que la conscience est douloureuse en se jouant de nous-même. Un de ses jeux préférés consiste à transformer le besoin en désir, avec l’imagination. Autant un besoin est à satisfaire ; il est une nécessité qui nous concerne particulièrement, qui nous appartient en quelque sorte. Mais le désir par contre nous dépossède. Nous désirons ce que nous n’avons pas et il faut aller ainsi vers ce qui est désiré. La distanciation d’avec soi est le moteur de la machine désirante. Il faut aller chercher le plaisir dont l’image fait d’un besoin un désir. Mais cette imagerie est bien de notre fait. On met de soi dans l’objet désiré tout en s’écartant de soi pour l’atteindre, comme il en va aussi de notre rapport avec le présent. Le désir est gourmand de passé et d’avenir. Le regret, le remords, l’espoir, sont ses mets préférés. C’est peut-être alors cet écart d’avec soi et du seul temps qui nous concerne réellement que nous payons d’une absence de bien-être, et ce même lorsque le plaisir est dans nos mains.

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