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Les chemins de la culture

Les chemins de la culture

Philosophie, économie, politique, littérature, la culture rendue accessible à tous

Le temps, pile ou face...ou le temps est à chacun

Temps.jpgLe temps est comme une pièce de monnaie, avec un côté face et un côté pile. Admettons face comme négatif : le temps est irréversible, il emporte tout sur son passage, il détruit la jeunesse, il fait le jeu de la mort, immédiatement et à tout instant. A peine sommes-nous né que nous mourrons déjà. A peine la vie nous est-t-elle donnée qu’elle nous est reprise chaque jour un peu plus. Le temps est un voleur sans scrupule car nous ne nous lui avons rien fait, nous autres. Il nous dérobe notre vie, mais aussi ce que nous en faisons. Nos actes et leur conséquence seront en effet avec le temps perdus à jamais. Le temps est aussi notre bourreau ; il nous emprisonne en faisant du passé nos chaînes, en conditionnant l’avenir, ce que nous serons, au passé, ce que nous fûmes. Les murs de cette prison sont le remords et le regret, notre peine le ressentiment. Il faut du temps, soient du passé et du présent, pour se souvenir de ce qui est douloureux, et il faut toujours du temps, soit du futur, pour souffrir de ce qui est ressenti. Le temps enfin condamne le libre-arbitre. La volonté ne suffit pas, le désir encore moins.

Côté pile : le temps est positif. Avec le temps, l’homme mûrit, il acquiert de l’expérience, il connaît un peu plus. Avec le temps, c’est aussi la création qui est possible. Si rien ne changeait, si tout était immuable, figé dans un temps qui n’existerait plus, rien ne saurait alors être créé. Le temps autorise ainsi la transformation, et l’on peut se rendre maître de celle-ci, en être l’initiateur, le détonateur, et ce grâce à la liberté. Ainsi donc, le temps et la liberté s’accordent. Avec le passé, le présent et le futur, l’homme peut se construire. Avec le temps, il n’est jamais définitivement, mais toujours en devenir. C’est ce qui fait la richesse de l’existence, et la mort qui conclut notre temps donne à la vie une valeur sans pareil. C’est aussi en voulant abolir le temps que l’homme recherche l’éternité. Il s’y essaie soit avec passion, en se déclarant amoureux pour toujours, soit avec raison, par construction intellectuelle visant la transcendance, ou encore en cherchant la vérité qui ne saurait être qu’éternelle ; ce qui est vrai l’est forcément depuis toujours et à jamais. Sentiment d’éternité donc, au présent, ce présent qui pourtant n’existe jamais tout à fait, s’évanouissant toujours à peine effleuré. Sentiment de l’absurde aussi lorsque les secondes s’apprécient comme autant de flèches détruisant tout, y compris le sens de l’existence. Mais l’absurde est également ce qui rend la vie plus précieuse que tout. Il faut la vivre, alors vivons-là cette vie, du mieux que possible, et c’est le temps qui nous y oblige car nous savons qu’il nous transporte jusqu’à la mort. « Mais à l’homme animé de sérieux, la pensée de la mort donne l’exacte vitesse à observer dans la vie, et elle lui indique le but où diriger sa course. Et nul arc ne saurait être tendu ni communiquer à la flèche sa vitesse comme la pensée de la mort stimule le vivant dont le sérieux tend l’énergie. Alors le sérieux s’empare de l’actuel aujourd’hui même, il ne dédaigne aucune tâche comme insignifiante ; il n’écarte aucun moment comme trop court ; il travaille de toutes ses forces à plein rendement, prêt cependant à sourire de lui-même si son effort se prétend méritoire devant Dieu, et prêt à comprendre en son impuissance qu’un homme n’est rien et qu’en travaillant avec la dernière énergie, l’on ne fait qu’obtenir la véritable occasion de s’étonner de Dieu. » (Sur une tombe – L’existence – Kierkegaard). Avec le temps, on peut s’étonner, avec Dieu pour réponse, ou autre chose, comme le mystère par exemple. S’étonner, c’est aussi avancer, devenir, plus ou moins librement. Avec le temps, l’on peut s’enfermer, ou alors progresser, ce qui veut bien dire que le temps n’est responsable de rien. Le temps ne nous déteste pas, ni ne nous aime, il passe, voilà tout. Ce qui fait la différence le concernant : la perception que l’on en a ; pile ou face. Mais contrairement avec une pièce de monnaie, il ne s’agit pas ici d’un jeu de hasard. Pile et face nous appartiennent, et comme tous deux composent le temps, celui-ci ainsi est  à chacun.

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