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Les chemins de la culture

Les chemins de la culture

Philosophie, économie, politique, littérature, la culture rendue accessible à tous

Rien n'échappe au sens avec les mots...ou quand Sartre condamne l'indicible

Sens-interpretation-mot.jpgPenser qu’il existe de l’ineffable, de l’indicible, veut bien dire que tout ne peut être dit. Penser ainsi revient à accorder du sens à ce que l’on ne peut pas nommer, à ce quelque chose d’insaisissable et dont l’échappée le qualifie de mystérieux. Mais n’est-ce pas là une erreur que de croire que les mots ne peuvent pas tout signifier ? C’est bien le langage qui donne du sens. Une chose en soi est absurde sans le concours du verbe. Il faut bien que la conscience vise celle-ci et avec la pensée qu’elle devienne signifiée, grâce au signifiant qu’est le mot. Il est vrai cependant que l’ordre discursif n’est pas le seul pour ce qui est de la représentation du réel. La forme est aussi employée, comme avec l’art. Mais un tableau en tant que tel ne dit rien. Il n’a de sens que lorsque des yeux se posent sur lui pour l’interpréter. On ne dialogue pas avec une œuvre artistique ; on se tait ou bien on la commente. Ce commentaire est le résultat d’une interprétation qui matériellement se traduit par le discours. Sans mot, pas de signifié faute de signifiant. Ainsi, derrière le silence, non pas celui qui prolonge ce qui est dit en tant que mode d’expression, mais celui qui correspond à ce qui n’est pas dit, derrière ce silence donc point d’indicible. Il est plutôt une absence de langage jusqu’à ce qu’un mot vienne le transformer en un signifié. Ce silence alors n’est plus ; le verbe s’en est saisi. C’est pour cette raison que le langage n’est pas un don, mais un travail. C’est aussi pour cela que le langage n’est pas immuable, ni intemporel, mais qu’il évolue, avec le néologisme notamment pour le presser quant à son étendue. Ne pas savoir que dire à propos de ce qui est, est bien plus un déficit de talent qu’un mystère. Toute la difficulté est de trouver le bon mot, l’adéquation entre une part du monde et le verbe, comme pour ce qui est également du sentiment. La généralité est relativement aisée ; il en va tout autrement pour signifier la nuance. Mais il ne s’agit ici que d’une difficulté, et non d’une impossibilité. Sartre sur ce sujet nous dit que tout ce qui existe est nommable : « Il se peut que je m’agace, aujourd’hui, parce que le mot « amour » ou tel autre ne rend pas compte de tel sentiment. Mais qu’est-ce que cela signifie ? A la fois que rien n’existe qui n’exige un nom, ne puisse en recevoir un et ne soit, même négativement, nommé par la carence du langage. Et, à la fois, que la nomination dans son principe même est un art : rien n’est donné sinon cette exigence : « on ne nous a rien promis » dit Alain. » Et Sartre d’ajoutait : « […] le langage dit seulement qu’on peut tout inventer en lui, que l’expression est toujours possible, fut-elle indirecte, parce que la totalité verbale, au lieu de se réduire, comme on croit au nombre fini des mots qu’on trouve dans le dictionnaire, se compose des différenciations infinies – entre eux, en chacun d’eux – qui, seules, les actualisent. » Ainsi, avec le langage, rien n’échappe au sens. L’indicible n’est qu’une excuse, mauvaise de surcroît.

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