Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Les chemins de la culture

Les chemins de la culture

Philosophie, économie, politique, littérature, la culture rendue accessible à tous

Quand la main sauva l'homme

Main.jpgSi l’homme est ce qu’il est, un être pensant, réflexif, ayant conscience du monde et de lui-même, capable de trouver des solutions face aux obstacles qui se présentent, en mesure même de se poser les questions qui le feront progresser, ayant la faculté de se distancer de son environnement, disposé à des pensées abstraites, dépassant ainsi le réel concret, si l’être humain donc est devenu homme, c’est parce qu’il s’est perfectionné sans se spécialiser, qu’il s’est développé sans s’enfermer dans une seul voie, ou même quelques-unes. Notre plus lointain ancêtre pourtant était nu, comparativement aux autres animaux dont chacune des espèces était dotée d’un signe distinctif concourant à sa survie. Mais c’est cette nudité justement qui l’obligea à l’adaptabilité. Les anthropologues s’accordent à dire que la station verticale permit aux hominidés d’évoluer physiologiquement dans un sens favorable à l’accueil de l’intelligence. Mais il est un organe, libéré du sol une fois la verticalité acquise, qui fît de notre plus vieil aïeux et de ceux qui lui succédèrent jusqu’à nous, le dépositaire d’une technicité sans pareil : la main. Cette main, dont la mobilité et l’habileté nous distinguent du règne animal, fût l’objet d’un débat du temps de la philosophie antique, entre Anaxagore et Aristote. Le premier affirma que c’est la main qui fît l’être humain, que c’est grâce à cette partie du corps que vint l’intelligence et fît d’un vivant un homme. Aristote lui, prétendit le contraire. Selon lui, l’homme est avant tout intelligent et ainsi il utilise ses mains à bon escient : « Anaxagore prétend que c’est parce qu’il a des mains que l’homme est le plus intelligent des animaux. Ce qui est rationnel, plutôt, c’est de dire qu’il a des mains parce qu’il est le plus intelligent. Car la main est un outil ; or la nature attribue toujours, comme le ferait un homme sage, chaque organe à qui est capable de s’en servir. » (Les parties des animaux – Aristote). Débat séculaire ayant traversé l’histoire de la philosophie : l’homme est-il en rupture avec la nature, ou est-il un être naturel et développé, l’intelligence lui appartenant dès son origine ? La pensée contemporaine plaide pour une théorie mécaniste, à savoir que la verticalité a libéré les mains, mais aussi permise le développement de la face et du cerveau. L’homme ainsi n’est pas né humain, il l’est devenu, en se servant notamment de sa main, en tirant profit de la maniabilité qui en soi n’est pas une défense immédiate, mais un point de départ, une possibilité de façonner le monde, à la disposition d’une pensée employeuse. Prise isolément, la main n’a aucune fonction. Elle n’est même pas une main, mais l’extrémité d’un corps. Cette partie corporelle devient une main par l’emploi qui en fait. La main est une main avec l’intelligence, et reconnaissante elle assiste celle-ci, son concours participant du développement intellectuel. Le premier des hommes en effet eut l’idée d’utiliser la pierre, mais il lui fallait la main pour le faire. Ses doigts l’effleurèrent, puis le toucher se fît plus franc, directif, et la main alors fît de l’homme un propriétaire. La pierre désormais appartenait à l’être humain et celui-ci en ferait ce que son intelligence lui soufflerait. L’homme allait ainsi devenir un technicien hors pair, faisant preuve d’une technicité dépassant sans mesure toutes les prédispositions animales. L’homme tira alors sa supériorité de son infériorité originelle. Sans croc, ni griffe acérée, sans fourrure, ni agilité, l’être humain devint le maître du monde. Sans défense corporelle, il lui fallait utiliser ce qui l’entourait, contrairement à l’animal satisfait de son instinct. Cette satisfaction cependant l’enferme dans un rôle inné. L’animal n’est pas perfectible ; la perfection ne lui sert pas, il n’en a pas besoin. L’homme, lui, ne pouvait faire autrement, sinon disparaître. La main, parce que sans fonction prédéterminée, prête à toutes les subtilités au premier commandement, sauva ainsi l’homme.

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article

Gérard Cagna 11/03/2016 10:53

Très bon article qui rejoint les travaux de l' incontournable Merlin Donald et son fabuleux ouvrages sur
" Les origines de l' Esprit moderne" avec les trois grandes étapes de la culture et de la cognition.
Travaillant actuellement sur une contribution collaborative sur la Gestualité, et ne craignant pas de faire de la branche des Australopithèques et du silex biface les Pères du geste, de l' apprentissage et bien sur de l'indispensable transmission. J' y pensais depuis longtemps mais l' excellent Merlin Donald m' a confirmé dans mon doute actif, cet élément moteur indispensable à l' anthropologue calibré Enquêteur de l' histoire, comme l' était Hérodote !!