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Les chemins de la culture

Les chemins de la culture

Philosophie, économie, politique, littérature, la culture rendue accessible à tous

Quand Descartes réhabilite la philosophie pour fonder la science et la connaissance de l'homme

Meditations-metaphysiques-Descartes.jpgLes Méditations métaphysiques paraissent pour la première fois en 1641. Son auteur, Descartes, y présente ses conclusions à propos de l’existence de Dieu et de la distinction entre le corps et l’âme. Ecrites en latin, contrairement au Discours de la méthode rédigé en français, ces méditations  s’adressent aux érudits, le latin étant à l’époque la langue employée par les sachants. Descartes en effet propose une réflexion radicale qui nécessite « un esprit entièrement libre de tout préjugé et qui se puisse aisément détacher du commerce des sens », qualité qui selon lui ne touche pas tout le monde. Son objectif est de faire table rase des croyances diverses n’ayant pas force de vérité. Il faut donc douter de tout pour rétablir ce qui est vrai. Mais il s’agit de douter raisonnablement, et ainsi Descartes propose au lecteur de le suivre dans un procédé méthodique, selon un ordre des raisons qui n’a rien de narratif. Le chemin est ardu, complexe, car le doute systématique plonge le monde dans le chaos. Descartes déconstruit…mais pour mieux reconstruire. Le bon sens a ses limites qu’il convient de dépasser pour approcher ce qui est vrai. Descartes avertit cependant que son discours n’est pas théologique, mais philosophique. Seule la philosophie serait amène de rendre compte de l’existence de Dieu et de l’âme de façon rationnelle, et donc de fournir des arguments ne souffrant d’aucune contestation à ceux qui se sont détournés de la réalité divine : « La raison qui me porte à vous présenter cet ouvrage est si juste, et quand vous en connaîtrez le dessein, je m’assure que vous en aurez une si juste de le prendre en votre protection, que je pense ne pouvoir mieux faire pour vous le rendre en quelque sorte recommandable, qu’en vous disant en peu de mots ce que je m’y suis proposé. J’ai toujours estimé que ces deux questions de Dieu et de l’âme, étaient les principales de celles qui doivent plutôt être démontrées par les raisons de la Philosophie que de la Théologie : Car bien qu’il nous suffise à nous autres qui sommes fidèles, de croire par la Foi qu’il y a un Dieu, et que l’âme humaine ne meurt point avec le corps ; certainement il ne semble pas possible de pouvoir jamais persuader aux Infidèles aucune Religion, ni quasi même aucune vertu Morale, si premièrement on ne leur prouve ces deux choses par raison naturelle ».  Toutefois, il n’est pas question pour Descartes de remettre en cause la Révélation, de jeter aux orties les Ecritures, qui d’après lui restent la meilleure source pour découvrir Dieu et entendre sa parole : « Et de vrai, j’ai pris garde que vous autres Messieurs, avec tous les Théologiens, n’assuriez pas seulement que l’existence de Dieu se peut prouver par raison naturelle ; mais aussi que l’on infère de la Sainte Ecriture, que sa connaissance est beaucoup plus claire que celle que l’on a de plusieurs choses créées, et qu’en effet, elle est si facile, que ceux qui ne l’ont point sont coupables. » Les Méditations métaphysiques sont donc un projet destiné à mettre ceux qui n’ont pas la foi devant leur responsabilité, leur incroyance étant pour Descartes plus une position de l’esprit qu’une incompréhension compte tenu de la clarté du discours religieux. Mais les Méditations métaphysiques ne sont pas que cela ; elles visent une dimension épistémologique, en se proposant d’être au fondement de toute science dont l’objectivité est une nécessité et le solipsisme la ruine. Descartes propose le doute radical en tant que méthode, non comme une conclusion. Ainsi, il faut penser Dieu comme étant le point d’ancrage de toute réalité objective, l’envisager comme un roc indestructible et immuable où puisse s’accrocher toute certitude. C’est grâce à Dieu que toute représentation que je peux avoir du réel n’est pas seulement une réalité qui me concerne, mais qu’elle est une idée qui existe hors d’elle-même. Le point de départ de toute entreprise scientifique serait ainsi la connaissance de Dieu, et également de l’homme. Descartes, avant Kant, se pose la question de savoir ce que je puis connaître. Sur la forme, les Méditations métaphysiques sont également une réhabilitation de la philosophie, qui bientôt ébranlera la scolastique, quant à définir les conditions de la connaissance et à alimenter son contenu.

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