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Les chemins de la culture

Les chemins de la culture

Philosophie, économie, politique, littérature, la culture rendue accessible à tous

Lorsque l'esprit rejoint la matière une fois le désir devenu un besoin

Desir-besoin.jpgOn distingue couramment le besoin du désir. Le premier appartient à la nécessité, le second à la contingence. Je sais en effet très bien que demain j’aurais besoin de nourriture, comme de boire. Par contre, quant à savoir ce que sera mon désir, voilà qui est incertain. Peut-être que ce que je désire aujourd’hui  se prolongera demain. Mais peut-être seulement. Ou bien ce que j’ai désiré ne sera plus qu’un souvenir, ou un oubli. Voilà donc une première différence entre le besoin et le désir. Ensuite, le besoin est amoral, ce que n’est pas le désir. En étant nécessaire, je peux difficilement juger un acte inhérent à la satisfaction du besoin. Il y a de l’innocence dans le besoin, ce qui n’est pas vrai avec le désir, si l’on considère que le besoin s’inscrit dans la nature et que je désire avec la culture. En d’autres termes, avec le besoin je ne suis pas libre, alors que le désir me fournit un espace de liberté. Le besoin est également précis, et cette précision va de pair avec l’impérativité. Que le besoin ne soit pas satisfait, et alors je suis à la peine, physiquement, psychologiquement, ou les deux à la fois. Pour ce qui est du désir, rien de tel. Enfin, l’objet désiré est une production de l’imaginaire, pendant que le besoin est matériel. Ceci signifie que le besoin est universel, comme pour la nécessité de se nourrir par exemple. Le désir, lui, est singulier. De là on peut faire un parallèle entre le besoin, le désir, et le bonheur. Je ne suis pas heureux avec le besoin, je peux l’être avec le désir lorsqu’il devient plaisir. C’est ainsi que le bonheur est particulier et donc ne peut être programmé, notamment sur un plan politique. Les discours qui sont des promesses de bonheur pour tous sont fallacieux, voire dangereux.

Le besoin et le désir se différencient donc aisément. Est-ce pour autant qu’ils soient totalement indépendants l’un de l’autre ? Sont-ils même opposables ? La réponse ne peut être catégorique ; il y a de la nuance entre le désir et le besoin. Ce dernier n’est pas spécifiquement naturel. Il existe des besoins sociaux dont nous pouvons difficilement nous soustraire, comme le travail par exemple. En outre, le désir peut devenir un besoin, ce qui parfois n’est pas sans danger. En effet, comme nous l’avons dit, le désir a une visée imaginaire. On le sait, l’imagination n’a pas de frontière. On peut ainsi désirer dans l’infini et ce indéfiniment, contrairement au besoin qui concerne un objet déterminé. Le besoin est fini, le désir infini. Mais lorsque le désir se prend pour un besoin, il ne dispose pas de sa finitude bien qu’il soit devenu impératif. Voilà de quoi créer de la frustration, ou encore entraîner la transgression car les règles se définissent selon le besoin, et non en fonction du désir par essence illimité. Le transfert du désir vers le besoin est ainsi un fait culturel. Ce transfert est aussi d’autant plus important que la culture progresse. En effet, la spiritualité imprègne fortement l’existence de l’homme cultivé. Elle est devenue une nécessité psychique. L’esprit alors rejoint la matière.

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GERMAIN 31/03/2011 11:51


Certes, mais ne peut-on, à la manière de Nietzsche, opposer (ou pondérer) une vérité à (par)une autre ou encore selon Spinoza considérer que nous pourrions, parfois, être "agis"? ainsi:

Le "désir" de se refuser toute nourriture afin d'élévation spirituelle dans certaines pratiques mystiques peut, provisoirement certes, supplanter les besoins du corps...

Peut-on mesurer, évaluer, la part d'influence biologique, physiologique, dans le combat qui se livre dans notre système neurologique et hormonal qui pourrait, d'un besoin, faire un désir?

L'envie de paix nait-elle d'un besoin (universel?) ou d'un désir?

Pardonnez moi de n'avoir pas assez de temps pour développer.