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Les chemins de la culture

Les chemins de la culture

Philosophie, économie, politique, littérature, la culture rendue accessible à tous

Les relations sociales sont un commerce d'identités

Intersubjectivite.jpgQui suis-je ? Voilà peut-être la question la plus difficile que chacun est amenée à se poser. Cette difficulté réside dans le fait d’être à la fois sujet et objet dans une seule et même interrogation. Pour une chose, on peut analyser celle-ci tout en la sentant. Concernant autrui, je peux me faire une opinion de lui, plus ou moins profonde selon la nature de notre relation, qu’il s’agisse d’un seul regard échangé sans lendemain, ou d’un rapport quotidien. Mais à propos de soi, bien qu’on ne puisse pas être plus intime qu’avec soi-même, un voile se déroule devant sa propre identité. Pour connaître qui l’on est, et ceci même avec toute la rigueur nécessaire pour viser une vérité, l’on se heurte à soi-même. Comment peut-on alors avoir véritablement conscience de soi ? Faut-il estimer que la raison aura les ressources suffisantes pour disposer de l’indépendance et de la distance que nécessite toute visée objective ? Si tel est le cas, la conscience de soi et donc la découverte de son identité serait au bout d’une plongée introspective en solitaire. Il faudrait l’isolement pour s’éviter toute perturbation environnante et entreprendre ainsi une descente méditative vers les profondeurs de son être. C’est ce que fît Descartes par exemple, en usant systématiquement du doute pour épurer tout prétendu savoir de quelque opinion ou évidence que ce soit, jusqu’à atteindre une conclusion sur son existence qui ne souffrirait d’aucun soupçon : « Je pense donc je suis ». Pour penser, il me faut exister, et avec la pensée je suis. Ainsi, Descartes se trouve incontestablement dans la solitude. Mais savoir que l’on est, est-ce suffisant pour connaître ensuite son identité ? Peut-on avec l’esseulement savoir, non pas uniquement que l’on est, mais qui l’on est ? Répondre que oui suppose que nous serions détenteurs d’une identité qui nous précède, dont la connaissance serait possible par une lecture intérieure inscrite dans le solipsisme. On peut le croire, mais penser le contraire n’est pas non plus inepte. Nous pourrions dire que l’essence est plus affaire de construction que de révélation. L’identité, soit la réponse à qui je suis, ne serait donc jamais figée. Je serais toujours différent de ce que j’étais. Je suis, dans ce cas-là, n’aurait guère de sens, car à peine en ai-je conscience que ce moi s’efface déjà pour être autre chose. En outre, je ne suis pas seul. Je suis en fonction des autres. Je suis courageux ou lâche, taciturne ou volubile, par rapport à autrui, et j’en juge d’après le regard qu’il pose sur moi. Je me définis dans ses yeux. Ainsi, l’intersubjectivité me constitue tout en y participant, car moi-même je suis partie à l’identité de mes proches. Les relations sociales sont ainsi un commerce d’identités.

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