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Les chemins de la culture

Les chemins de la culture

Philosophie, économie, politique, littérature, la culture rendue accessible à tous

Le bon sens raisonne sur le monde où n'y résonne aucun écho

Bon-sens.jpgIl est possible de différencier l’intellect de l’intelligence bien que tous deux soient des dispositions de l’esprit. Le premier est plutôt analytique, le second synthétique ; le premier distingue le vrai du faux, le second les relie pour donner sens au tout. Toujours est-il que l’intellect et l’intelligence sont des facultés qui appartient à tout être humain et le singularisent parmi les vivants, réunies toutes deux dans ce que l’on présente comme la raison, ce qu’explique Descartes dans le Discours de la méthode : « Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée ; car chacun pense en être si bien pourvu que ceux même qui sont les plus difficiles à contenter en toute autre chose n’ont pas coutume d’en désirer plus qu’ils en ont. En quoi il n’est pas vraisemblable que tous se trompent ; mais plutôt cela témoigne que la puissance de bien juger et distinguer le vrai d’avec le faux, qui est proprement ce qu’on nomme le bon sens ou la raison, est naturellement égale en tous les hommes ; et ainsi que la diversité de nos opinions ne vient pas de ce que les uns sont plus raisonnables que les autres, mais seulement de ce que nous conduisons nos pensées par diverses voies, et ne considérons pas les mêmes choses. Car ce n’est pas assez d’avoir l’esprit bon, mais le principal est de l’appliquer bien. » Selon Descartes, nous sommes tous égaux devant la raison, mais c’est quant à son utilisation que nous différons car sinon seule une opinion serait possible et le débat serait exclu. La première différence tient à la méthode d’emploi de la raison, la seconde concerne ce qui vient à l’esprit, c’est-à-dire les idées et l’expérience qui nous touchent, dont le contenu est variable selon l’environnement culturel. Pour la méthode, il faut bien là encore procéder à une distinction entre ce qui est rationnel et raisonnable. Est rationnel le fait d’expliquer, soit d’arriver à un résultat vérifiable par un procédé qui n’entre pas dans la composition dudit résultat. Le raisonnable par contre s’applique à une expérience précise. Il est la meilleure adéquation possible entre une partie du réel et l’esprit qui représente celle-ci. C’est dans le raisonnable que l’on trouve le bon sens. Faire preuve de bon sens, c’être en accord du mieux que l’on puisse avec le monde, même si celui-ci est silencieux. Avec le bon sens, on raisonne sur le monde bien que n’y résonne aucun écho. Le bon sens n’est pas écouter et assimiler, mais produire à la fois le sens là où il n’y en a pas, c’est-à-dire partout, et sa cohérence, avec la situation, l’instant. Avec le bon sens, on se fixe également par rapport au réel, avec le risque de se maintenir dans cette fixation. En effet, nous le savons, le monde est changeant, le mouvement le caractérise sans cesse ; aucun moment durant lequel il se fige alors que nos représentations mentales sont autant d’arrêt sur image. Il est aussi plus facile de s’arrêter que de se mouvoir, et c’est ainsi que cette facilité génère des habitudes, de la routine, comme l’explique Bergson : « S’obstiner dans des habitudes qu’on érige en lois, répugner au changement, c’est laisser distraire ses yeux du mouvement qui est la condition de la vie. Mais n’est-ce pas aussi par faiblesse de volonté ou distraction de l’esprit qu’on s’abandonne à l’espoir des transformations miraculeuses ? » Ainsi, le bon sens conserve sa qualité au lieu de devenir obstination à condition d’être dynamique, tout en admettant qu’une part du réel nous échappe irréductiblement parce que nos procédés mentaux visent à fixer ce qui bouge sans cesse. Le bon sens viserait donc à réduire au maximum cet écart entre le réel et nos représentations, sachant qu’il y aura toujours comme un temps de retard dans chacune d’elles.

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