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Les chemins de la culture

Les chemins de la culture

Philosophie, économie, politique, littérature, la culture rendue accessible à tous

La pitié, fondement moral selon Rousseau...ou alors la pitié comme le terreau de l'amour-propre

Pitie.jpgRousseau supposait que la morale est avant tout affaire de sentiment, qu’elle est le résultat de l’association de l’amour de soi et de la pitié. S’aimer soi permet de se préserver et de persévérer dans son être. Mais un amour de soi sans limite serait dangereux. De la persévérance à la domination, le chemin est étroit. Ainsi, la nature était bien faite selon Rousseau, la pitié est un affect qui modère toute expression de soi contre autrui. Naturellement, l’homme, comme tout être vivant, n’aime pas souffrir. La souffrance d’autrui, lui revenant en écho, le touche dans sa sensibilité. En effet, le sujet imagine ce que serait cette souffrance pour lui, en la rapportant à soi. Il souffre donc avec l’autre, certes d’une intensité moindre, mais le mal quel que soit son degré l’indispose. Avec la pitié, il serait donc impossible de blesser quelqu’un d’autre, car ce serait se blesser soi-même, ce que l’amour de soi interdit. Pour Rousseau, la morale n’est donc pas une fin en soi, mais un moyen de se protéger en protégeant les autres, ce qu’il explique dans son Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes : « […] c’est elle (la pitié) qui, au lieu de cette maxime sublime de justice raisonnée : Fais à autrui comme tu veux qu’on te fasse, inspire à tous les hommes cette autre maxime de bonté naturelle bien moins parfaite, mais peut-être plus utile que la précédente : Fais ton bien avec le moindre mal d’autrui qu’il est possible. » Mais alors, si a morale est naturelle comme le pense Rousseau, la cruauté, qui est bien réelle, serait-elle culturelle ? L’homme agirait-il contre nature en faisant le mal autour de lui ? Le mal serait-il un produit culturel ? Pour se convaincre du contraire, il faut peut-être revenir sur cette modération sentimentale qu’est la pitié. Dire qu’elle est un fondement moral suppose que la morale soit dans la nature. Mais la nature, dans ses caractéristiques, est bien diverse, et cette diversité ne s’apparente en rien avec l’universalité requise pour toute morale. La morale ne saurait en effet être particulière aux uns et singulière aux autres. Elle s’applique et est acceptée par tous, ou alors elle n’est pas. La morale est également inconditionnelle, ce que n’est pas la pitié. Rousseau le dit lui-même : la pitié se rapporte à la souffrance d’autrui. Faut-il alors faire souffrir, ou espérer que l’homme souffre, pour que la pitié puisse s’exercer, se déclencher comme un mécanisme pour atteindre une position moralement acceptable, respectueuse d’autrui ? En outre, la pitié n’est pas compassion. Elle est intéressée, ce que toute morale refuse. La pitié est avant tout un sentiment tourné vers soi. Elle est une inclinaison à se protéger soi de la vue douloureuse que provoque la souffrance d’autrui. De plus, la pitié donne l’occasion de se sentir supérieure à celui qui souffre : lui est mal, moi je ne le suis pas. Sa faiblesse justifie ma force. La pitié alors n’est plus une modération de l’amour de soi, mais le terreau de l’amour-propre.

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Kocyigit Cem 27/07/2011 20:13


Bonjour, je prépare un travail de fin d'étude sur "la morale de Rousseau". J'aimerai bien utilisé ce texte qui m'a plus. Pouriez-vous me doner les référence (écrivain, endroit où il passe, etc.)
s'il vous plait. Merci.


Jefka 28/07/2011 06:26



Bonjour


Mes références : Jean-François Caron


Blog : La philosophie pour tous


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Cordialement


Jean-François