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Les chemins de la culture

Les chemins de la culture

Philosophie, économie, politique, littérature, la culture rendue accessible à tous

La philosophie pour les questions, la poésie en réponse, le tout dans l'imaginaire selon Castoriadis

Institution-imaginaire-Castoriadis.jpgL’homme s’interroge, se demande qui il est, et pourquoi il est. Ses interrogations ne sont pas exclusivement individualistes. Elles concernent également la société, la vie en collectivité. On appartient tous à un groupe, quel qu’il soit, inséré que nous sommes dans une société qui est la nôtre mais qui ne nous appartient pas. L’homme cherche cependant à la définir, à saisir ce qu’elle est. Il lui faut il est vrai des repères car sans marquage, toute représentation est chaotique. Voilà à peu près ce que nous dit Castoriadis dans L’institution imaginaire de la société, essai dont il est l’auteur : « Toute société jusqu’ici a essayé de donner une réponse à quelques questions fondamentales : qui sommes-nous, comme collectivité ? que sommes-nous, les uns pour les autres ? où et dans quoi sommes-nous ? que voulons-nous, que désirons-nous, qu’est-ce qui nous manque ? La société doit définir son « identité » ; son articulation ; le monde, ses rapports à lui et aux objets qu’il contient ; ses besoins et ses désirs. Sans la « réponse » à ces « questions », sans ces « définitions », il n’y a pas de monde humain, pas de société et pas de culture – car tout resterait chaos indifférencié. » Mais pour définir, encore faut-il être en mesure d’observer indépendamment de l’objet visé, et une définition concerne l’objet dans sa totalité. Une définition en effet ne saurait souffrir d’une vue partielle ; elle serait sinon une approximation, une approche qui ne peut satisfaire un besoin identitaire fort. Sauf que l’homme tente de saisir ce qui le contient. Il est dans la société. Tout au plus peut-il examiner de l’extérieur d’autres cultures que la sienne, mais celles-ci ne le concernent pas directement au moment de l’étude. En outre, on imagine facilement que la société se définit par ce qu’elle est, autrement dit selon ce qui s’y passe, et non par rapport à un ordre prédéterminé, inexistant car non factuel. Pour poursuivre avec Castoriadis, « c’est dans le faire de chaque collectivité qu’apparaît comme un sens incarné la réponse à ces questions, c’est ce faire social qui ne se laisse comprendre que comme réponse à des questions qu’il pose implicitement lui-même. » La collectivité ne peut donc être comprise en dehors d’elle, mais uniquement en dedans. Castoriadis ainsi s’accorde avec Marx pour penser que tout questionnement sur la nature générale des choses est conditionné au milieu social. Mais il s’en écarte lorsque Marx estime qu’il est possible de donner des réponses objectives en se positionnant à l’extérieur de ce qui est. Ce qui n’est pas pourtant concerne le néant, d’où rien ne se fait, ni ne sort. Le seul sens distinguable à propos de la société ne peut provenir que d’elle-même. Aucune extériorité ne saurait dépasser des profondeurs. La religion et la philosophie ont certainement conceptualisées des transcendances, mais il ne s’agit-là que d’imaginaire. Les réponses, mais les questions également, sont obligatoirement un produit social. Questions et réponses sont mêlées dans les faits, mais l’homme les a identifiées, avec la philosophie pour les premières, la poésie pour les secondes, comme l’explique Castoriadis. L’homme, en faisant la collectivité, à la fois donne des réponses aux questions qu’il se pose.

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