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Les chemins de la culture

Les chemins de la culture

Philosophie, économie, politique, littérature, la culture rendue accessible à tous

La parole est ce qui nous fait homme

Parole.jpgParler c’est signifier, que la parole soit silencieuse ou non. Parler, c’est aussi faire exister. Les mots aident la conscience à viser ce qui est. Avec la parole, on sort du néant ce qui était hors du champ conscient l’instant d’avant. Sartre disait à propos de la parole qu’elle n’est pas « un zéphyr qui court légèrement à la surface des choses, qui les effleure sans les altérer. » Au contraire : « Parler c’est agir : toute chose qu’on nomme n’est déjà plus tout à fait la même, elle a perdu son innocence. » Il y a peut-être de beaux-parleurs, mais ce serait une erreur que d’opposer systématiquement parole et action. La première préfigure la seconde. Avec la parole, j’atteins ce qui est, atteinte corrélée à la symbolisation que je fais du réel,  ce par quoi la parole est également concernée. Celle-ci est ainsi au début et à la fin de ce qu’on appelle la représentation, et c’est en représentant ce qui m’entoure que j’agis. Comme le disait Sartre, les mots n’ont rien d’innocent. Avec eux, l’homme signifie et il agit à partir de cette signification. La parole autorise une action sur le monde parce qu’elle médiatise la relation entre la conscience et le réel. Avec les mots, certes on ne transforme pas matériellement les choses, mais on les fait bouger. La parole pourtant n’a rien de magique ; elle n’en confère pas moins, à celui qui sait l’employer, des pouvoirs, politiques, ou moraux par exemple. Le rhéteur n’est pas le moins influent des hommes, même si celui-ci n’agit pas directement. La parole peut soulever des foules, comme les manipuler. Cependant, la parole n’est pas qu’inscrite dans l’extériorité. Il y a le dialogue intérieur, introspectif, et pourquoi pas thérapeutique. Les mots sont parfois violents, mais ils soignent également, avec la psychanalyse notamment. La parole en effet est un marqueur identitaire, bien plus que ne l’est le corps. C’est ce que nous dit Hannah Arendt, dans son essai Condition de l’homme moderne : « En agissant et en parlant les hommes font voir qui ils sont, révèlent activement leurs identités personnelles uniques et font ainsi leur apparition dans le monde humain, alors que leurs identités physiques apparaissent, sans la moindre activité, dans l’unicité de la forme du corps et du son de la voix. » Hannah Arendt voit dans le fait de parler une façon de se distinguer, de se personnaliser, en se déterminant, en plus des simples traits physiques : « Cette révélation du « qui » par opposition au « ce que » - les qualités, les dons, les talents, les défauts de quelqu’un, qu’il peut étaler ou dissimuler – est implicite en tout ce que l’on fait et tout ce que l’on dit. » Agir et parler ne sont pas en opposition, y compris lorsque l’on parle pour ne rien dire, comme pour gagner du temps. Il s’agit là d’une forme d’action que de retenir le geste avec la parole. Celle-ci est donc ce qui fait exister, y compris soi-même. Priver l’homme de ses mots, si tenté que cela soit possible dans l’absolu, revient à condamner celui-ci. La parole est ce plus qui nous constitue, en s’ajoutant au corps et à l’esprit. La parole est ce qui nous fait homme.

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