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Les chemins de la culture

Les chemins de la culture

Philosophie, économie, politique, littérature, la culture rendue accessible à tous

La morale n'est pas désintéressée

Morale.jpgLe lien communautaire rompt l’humanité dans ce qu’elle a d’universel. Appartenant à une communauté, je reconnais ceux qui la composent, mais aussi ceux qui n’en font pas partis. Il y a une différence entre eux et moi et c’est dans celle-ci, quant à déterminer sa nature, que la haine peut trouver à se déverser. Le racisme prît sa source dans cette différenciation et l’on sait ce qu’il en coûta, et coûte encore, à l’humanité. Certes, nous ne pouvons pas vivre tous ensembles avec les mêmes règles, selon une culture identique. Le nombre et l’espace nous contraignent à des regroupements. La société est ainsi une nécessité et forcément il en existe plusieurs. Mais qu’est-ce qui fonde chacune d’entre elles ? Pourquoi des hommes se réunissent-ils avec certains et pas avec d’autres ? Cette réunion d’ailleurs, est-elle vraiment l’effet d’une volonté partagée, ou alors s’agit-il d’un rassemblement radicalement naturel ? Bergson nous renseigne à ce propos. Selon lui, c’est l’instinct primitif qui pour partie nous lie : « Qui ne voit que la cohésion sociale est due, en grande partie, à la nécessité pour une société de se défendre contre d’autres, et que c’est d’abord contre tous les autres hommes qu’on aime les hommes avec lesquels on vit ? Tel est l’instinct primitif. » Et Bergson d’ajouter : « Il est encore là, heureusement dissimulé sous les apports de la civilisation : mais aujourd’hui encore nous aimons naturellement et directement nos parents et nos concitoyens, tandis que l’amour de l’humanité est indirecte et acquis. » (Bergson – Les deux sources de la morale et de la religion). La civilisation serait un habit. Mise à nue, une société se découvrirait unie instinctivement. La morale qui la caractérise ne serait pas un acte volontaire, mais la conséquence d’une nécessité naturelle. Nous serions, pour poursuivre la proposition de Bergson, des êtres déterminés à devenir moraux, le désintérêt étant à exclure de toute proposition quant à la constitution morale d’un groupe. C’est la somme des intérêts individuels, et surtout leurs contradictions, qui imposent la morale, laquelle se trouve ainsi être attachée au groupe qu’elle concerne et donc n’est pas transposable d’une communauté à une autre. Tout au plus  existe-t-il des convergences entre des impératifs moraux de cultures différentes, mais rien qui ne soit universel. Ceci laisse donc toute la place pour la construction d’un ennemi commun qui prendrait les traits de celui dont la morale n’est pas la même que celle diffusée au sein d’un groupe. L’étranger peut alors naître des différences culturelles…et la richesse humaine également. Toutes les cultures, même si aucun projet moral ne se ressemble, sont le réceptacle de représentations du réel, lesquelles constituent également chacune de ces cultures. Si ces représentations étaient mises bout à bout, nous aurions alors un panorama d’une ampleur inégalée de ce qui fait l’homme, c’est-à-dire sa façon de voir le monde pour se l’approprier, selon un processus qui cette fois-ci appartient à tous et donc dépasse tout clivage moral. Les différences culturelles sont une évidence et il serait inapproprié de viser leur réduction, mais aussi faut-il protéger cette différenciation pour qu’elle ne devienne pas un instrument d’exclusion sur la base de ce qui caractérise chacune des sociétés humaines. Le message de Bergson est clair : nous sommes pour partie originellement ensemble de par nos instincts, la civilisation étant un acquis, qui comme toute chose possédée, est à préserver et à entretenir pour en conserver l’usage, mais aussi pour autoriser la diversité culturelle source d’enrichissement. Reconnaissons avec lucidité que la morale n’est pas le fruit d’un désintérêt général, ce qui en rien n’empêche de vivre ensemble.

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