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Les chemins de la culture

Les chemins de la culture

Philosophie, économie, politique, littérature, la culture rendue accessible à tous

La fidélité et la communion d'esprits, derniers remparts contre la barbarie

Fidelite-communion-esprit.jpgIl existe deux types de barbarie. La première est nihiliste. Elle consiste à ne croire en rien et à n’être fidèle à aucun sens. Parce qu’elle ne propose aucun programme, aucun projet, distend les esprits, elle est le contraire de la civilisation. La seconde appartient aux fanatiques, qui eux à l’inverse croient, mais trop fort, jusqu’à considérer l’objet de leur croyance comme un savoir que tout le monde doit connaître et retenir. Le fanatisme prétend disposer de la vérité, de pouvoir distinguer ce qu’est le Vrai et le Bien, et cette prétention ne saurait souffrir d’aucune contestation, quitte à s’engager dans la violence. Les fanatiques se présentent aussi volontiers comme des libérateurs, et pourtant, comme l’écrit Spinoza, « ils combattent pour leur servitude comme s’il s’agissait de leur salut ». Qu’avons-nous alors à opposer, ou plutôt à proposer contre le nihilisme et le fanatisme ? Les valeurs dirons-nous, soit ce qui unit les uns et les autres dans une communion d’esprit et crée suffisamment de liens pour construire une civilisation, contrairement à ce que certains penseurs ont pu proposer, comme Nietzsche par exemple qui recommandait un renversement des valeurs. Toutes les grandes civilisations d’ailleurs ont connu, sur une période courte de l’histoire, « l’âge axial » pour rependre l’expression de Karl Jaspers, une effusion puis une sélection de valeurs destinées à vivre ensemble. Faut-il alors que la postmodernité revienne sur ce qui fût sélectionné dans des temps très anciens, comme la justice, la compassion, l’amour, ou plus près de nous, au Siècle des Lumières, à propos de la démocratie, de la laïcité, des droits de l’homme ? N’est-il pas plus raisonnable et constructif que de réinventer notre rapport à ces valeurs, au lieu de chercher à les éliminer ? En effet, recevoir et comprendre ce qui nous est transmis n’impliquent pas nécessairement de s’y soumettre. Il s’agit au contraire d’actualiser un héritage culturel, d’être culturellement conservateur et progressiste sur le plan politique. La transmission du passé, sans renier son contenu, permet aux enfants de construire leur avenir. Il faut une base, un socle, pour édifier une façon de vivre.  Le progressisme s’appuie avant tout sur la fidélité, qui est de recevoir puis transmettre. La fidélité s’oppose donc frontalement à la barbarie, cette dernière exigeant de faire table rase du passé. Ainsi, une société, même si celle-ci peut s’exonérer de toute croyance religieuse, ne peut pour exister se passer de communion et de fidélité, toutes deux tournées vers des valeurs. L’économie par exemple ne fait pas tout, ni la richesse. Il faut à une communauté quelque chose en plus pour partager un destin, comme la culture, l’imagination, le courage. Husserl à ce propos indiquait que « le principal danger qui menace l’Europe, c’est la fatigue ». La civilisation oblige une attention toute particulière, une proposition permanente face à ceux qui ne proposent plus rien, si ce n’est le néant, ou d’autres qui chercher à imposer un absolu. Peu importe que la foi disparaisse ou non. C’est bien de fidélité envers des valeurs partagées dont la société a besoin. Il serait même dangereux de faire dépendre la morale de considérations métaphysiques. Ce serait une façon de sacrifier le certain à l’incertain, et ainsi de faire le jeu de pressions dogmatiques.

 

Fidélité et communion sont donc les deux impératifs qui maintiennent la civilisation contre la barbarie. Leur champ d’application concerne des valeurs auxquelles chacun est attaché et qui sont partagées par tous. Les valeurs anciennes peuvent nous y aider et leur enseignement est ainsi essentiel. Ceci n’exclut en rien l’idée de progrès, car toute société ne peut subsister qu’en progressant. Il s’agit avant tout d’un enracinement indispensable pour ensuite évoluer et s’inscrire dans une projection collective qui engage tous ceux qui y participent. A ce titre, Spinoza su mieux que quiconque invitait les uns et les autres à participer à un projet interdisant toute barbarie, et faire de l’homme un être civilisé et le représentant de la liberté : « Il n’y a pas d’autre sagesse que d’aimer, d’autre vertu pour un esprit libre, que de bien faire et se tenir en joie ».

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