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Les chemins de la culture

Les chemins de la culture

Philosophie, économie, politique, littérature, la culture rendue accessible à tous

La différence entre l'art et l'artisanat...ou l'inutilité d'une définition précise de l'art - Art et philosophie

Art-artisanat-difference.jpgJusqu’au XVIIème siècle, l’artiste et l’artisan sont confondus. Ce n’est qu’en 1762 qu’une différenciation institutionnelle est réalisée pour fixer deux ordres. Ainsi, l’artisan est reconnu comme un homme de métier, l’artiste comme celui qui exprime le Beau. Tous deux ont certes ce point commun qui est de transformer le réel pour la création d’une œuvre. Mais toute œuvre n’est pas de l’art ; il existe des différences qui déterminent une réalisation comme artistique, et distinguent une production comme artisanale. La première d’entre elles nous indique que l’art ne sert pas à autre chose qu’à lui-même. Il est une fin en soi, contrairement au travail de l’artisan. Celui-ci en effet se charge de donner une fonctionnalité à la chose travaillée. Il s’inscrit dans le domaine de la technique, pour une fabrication qui servira autre chose. L’artisanat s’inscrit dans une dynamique technicienne ; il participe de l’utile. Ainsi, l’artisan est propriétaire d’un savoir-faire, qui demande un degré plus ou moins important d’expertise selon la spécialisation. Mais cette compétence est un acquis, reposant sur une connaissance assimilée suite à un apprentissage. Autrement dit, le métier d’artisan s’apprend, et non l’art. Pour autant, l’artiste se doit de disposer d’une maîtrise technique, sauf qu’elle ne suffit pas. Elle est une base au service de son art. Il y dans l’œuvre plus que l’application de règles. L’art ainsi est autonome, mais cette autonomie est reconnue depuis peu, c’est-à-dire à compter du XIXème siècle. Auparavant, l’art est avant tout subordonné à des commandes, avec la contrainte de respecter les codes établis. L’art se conforme donc au goût convenu. L’artiste ne déroge pas aux conventions esthétiques, et ce respect le positionne socialement comme un fournisseur du beau, reconnu dans la communauté comme tel. L’ère moderne met fin à ce lien de subordination. Les artistes n’acceptent plus de pression extérieure. Ils considèrent que l’art ne doit appartenir, dans sa conception, qu’à celui qui s’y adonne, et rien qu’à lui. Cette revendication détermine l’art comme une activité désintéressée, sans limite, ni code. Dès lors, définir ce qu’est une œuvre d’art devient un exercice difficile car il n’est plus possible de s’appuyer sur des règles préétablies. Ainsi faut-il préférer orienter l’analyse vers l’artiste pour tracer la frontière entre l’art et l’artisanat, et la réflexion induit la question suivante : qu’est-ce qui fait d’un homme un artiste, et non un artisan ? La compétence technique, nous l’avons dit, tous deux la possèdent. Mais ce qui les sépare tient au goût et à l’investissement spirituel. Non pas que l’artisan n’ait point de goût. Mais il l’exprime dans un cadre bien défini ; il fait son travail avec goût. Pour l’artiste, le goût est affaire de jugement : il juge ce qui est beau ou laid, provoquant ou consensuel, conformiste ou à la marge. Cependant, ce jugement s’exerce au gré de l’avancement de l’œuvre. Aucune recette ne dit en effet comment faire de l’art. L’artiste est celui qui ne connaît pas à l’avance le résultat de ce qui sera plus tard son œuvre. Il n’a pas d’objectif ; l’artisan oui, et celui-ci s’engage avant tout professionnellement. Pour l’artiste, l’investissement est total. C’est toute sa personne qui participe à son art. Une production artistique n’est pas que l’interprétation de la réalité, ou le souvenir d’un fait, d’une émotion. L’art construit aussi son homme, certes comme pour l’artisanat, mais pour l’artiste la construction est entière, tout autant que peut l’être ce qu’il restitue. L’artiste en effet se donne physiquement pour accomplir son œuvre, mais aussi et surtout spirituellement. Il colore son œuvre de son âme, et le génie artistique est de transmettre cette couleur au spectateur, en la lui soufflant avec la transformation de la matière. Il y a ainsi chez l’artiste une capacité à créer de l’art. Cette conclusion peut passer pour un truisme. Mais elle met surtout en évidence la difficulté quant à définir précisément ce qu’est un artiste. Certains voient dans le génie la manifestation d’un miracle, et considèrent l’artiste comme une sorte de messager divin. Ce n’est pas un esprit humain qui guiderait la main, mais une force qui dépasse l’artiste. Le génie échapperait alors à son auteur. D’autres, comme Nietzsche, refusent cette déduction, et considèrent plus le talent comme l’aboutissement d’un travail constant et rigoureux, comme la récompense d’un effort permanent. Il est aussi possible de penser qu’une œuvre est artistique parce que le spectateur la reçoit de cette façon. Ce serait donc le regard porté sur elle qui qualifierait d’artistique une représentation. Ainsi, la beauté ne serait plus la quête de l’artiste. C’est ce qui fait dire à Barnett Newman, l’un des représentants les plus importants de l’expressionnisme abstrait du XXème siècle, que « le mobile de l’art moderne a été de détruire la beauté…en niant complètement que l’art ait quoi que ce soit à voir avec le problème de la beauté. » L’art ne s’inscrit donc plus dans une démarche purement esthétique. Marcel Duchamp en fait d’ailleurs volontairement l’expérience lorsqu’en 1917, il expose un urinoir renversé sur lequel il appose la signature « R. Mutt ». Duchamp entend enlever à l’objet sa fonction pour révéler sa forme. L’art devient alors aussi un média. Il donne à voir, ou comme le disait le peintre Paul Klee, « l’art n’imite pas le visible, il rend visible ». L’artiste moderne dès lors n’est plus seulement quelqu’un qui communique du sens. Il s’inscrit dans la revendication, en montrant ce qui est à voir selon une perspective nouvelle et parfois subversive. Il donne également à réfléchir sur l’art et le rapport entretenu avec le monde. Le pop art par exemple, à la fois, pastiche les procédés publicitaires d’une société de consommation en gestation dans les années 50-60, et fait de l’art un produit consommable, l’estimant éphémère. L’œuvre d’art n’est alors plus pérenne, mais c’est parce qu’elle est exécutée sur une durée précise qu’elle est aussi artistique.

 

L’art moderne est devenu contemporain par rapprochement avec le quotidien en trouvant matière, dans des objets usuels, pour une nouvelle forme d’esthétisme, mais aussi parce qu’il est momentané et n’est plus uniquement reclus dans des lieux réservés. L’art est aussi dans la rue, et peu importe que lui soient reconnus ou non des principes le démarquant de l’artisanat. L’essentiel n’est-il pas que l’art appartienne à tout le monde, que chacun en ait conscience et ainsi en fasse sa propre définition ?

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profane 20/01/2017 11:04

les répétitions rendent l'article lourd

Kandé 09/10/2016 19:47

merci

Lol 05/10/2016 03:13

Lol c'est drôle