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Les chemins de la culture

Les chemins de la culture

Philosophie, économie, politique, littérature, la culture rendue accessible à tous

La conscience vue par les philosophes

Conscience-vue-par-les-philosophes.jpgL’idée de conscience anime la philosophie depuis ses origines, mais son analyse n’a cessé d’évoluer. Les premiers philosophes grecques envisageaient l’expérience de soi uniquement sous l’angle de l’extériorité. Ils s’agissaient pour eux de mettre en relation vie intérieure et affaires de la Cité. L’action était le support d’une réflexion sur soi. L’introspection se développa quelques temps plus tard, une fois la religion chrétienne installée. Il s’agissait en effet de sonder l’âme pour y découvrir la relation entretenue avec Dieu, sous l’impulsion notamment de Saint-Augustin pour qui la connaissance de soi nécessitait plus qu’une étude des rapports entretenus par le sujet avec son environnement : « Puis donc qu’il s’agit de la nature de l’âme, écartons de notre pensée toutes les connaissances qui nous viennent du dehors par l’entremise des sens corporels, et examinons plus attentivement ce que nous avons dit, que toutes les âmes se connaissent elles-mêmes et avec certitude » (La Trinité – Saint-Augustin). La conscience de soi devient alors une piste d’investigation pour se connaître. Certains estiment cependant que l’exercice consistant à se penser soi-même est difficile, comme Montaigne : « si, de fortune vous fichez votre pensée à vouloir prendre son être, ce ne sera ni plus, ni moins que qui voudrait empoigner de l’eau… » (Les Essais – Apologie de Raimond Sebond – Montaigne). Le monde, tout comme soi, sont suffisamment fluctuants pour contrevenir à toute permanence nécessaire à une connaissance stable et durable. Bergson par contre envisage la conscience comme allant de soi. L’homme ne peut y échapper, ne serait-ce sur le plan temporel : avec la conscience, il se projette à l’instant présent dans l’avenir, s’agissant d’une projection de soi avec toute l’histoire lui appartenant, soit le cumul des moments passés : « Mais, qu’est-ce que la conscience ? Vous pensez bien que je ne vais pas définir une chose aussi concrète, aussi constamment présente à l’expérience de chacun de nous. […] …je puis la caractériser par son trait le plus apparent : conscience signifie d’abord mémoire. […] Mais toute conscience est anticipation de l’avenir. Considérez la direction de votre esprit à n’importe quel moment : vous trouverez qu’il s’occupe de ce qui est, mais en vue surtout de ce qui va être » (Extrait de La conscience et la vie – Conférence donnée par Henri Bergson). Descartes s’inscrit également dans l’idée d’une conscience immédiate, même s’il utilise volontiers le terme de pensée, qui en tant que telle peut être selon lui un objet de connaissance. Il considère la pensée comme le lieu où se rencontre tout ce dont le sujet a conscience : « Mais qu’est-ce donc que je suis ? Une chose qui pense. Qu’est-ce donc qu’une chose qui pense ? C’est-à-dire une chose qui doute, qui conçoit, qui affirme, qui nie qui veut, qui ne veut pas, qui imagine aussi, et qui sent. Certes ce n’est pas peu si toutes choses appartiennent à ma nature. Mais pourquoi n’y appartiendraient-elles pas ? » (Méditations métaphysiques – Descartes). Descartes va même plus loin dans sa réflexion en considérant la pensée comme une substance, une entité réfléchie, autonome du corps, lequel en tant que matière ne fait qu’occuper l’espace. Le philosophe introduit ainsi une part d’immuabilité dans le sujet, sous la forme de la pensée ou la conscience, qui est le fondement même de la personne, et qui s’ordonne en tant que primat par rapport au sentiment, à la volonté, à l’intelligence, à l’imagination ou encore au souvenir. La conscience ainsi précèderait toute manifestation humaine : « Or je suis une chose vraie, et vraiment existante ; mais quelle chose ? Je l’ai dit : une chose qui pense. Et quoi davantage ? J’exciterai encore mon imagination, pour chercher si je ne suis point quelque chose de plus. Je ne suis point cet assemblage de membres, que l’on appelle le corps humain ; je ne suis point un air délié et pénétrant, répandu dans tous ces membres ; je ne suis point un vent, un souffle, une vapeur, ni rien de tout ce que je puis feindre ou imaginer, puisque j’ai supposé que tout cela n’était rien, et que, sans changer cette supposition, je trouve que je ne laisse pas d’être certain que je suis quelque chose » (Méditations métaphysiques – Descartes). Mais la proposition de Descartes est critiquée, y compris par ses contemporains. Peut-on conclure en effet que le sujet, en tant que conscience, est indépendant de tout ce qui le caractérise ? L’homme n’est-il pas un tout avant que d’être une activité de la pensée ? Par ses affirmations, Descartes n’en inaugure pas moins la confrontation entre dualistes et défenseurs de l’unité à propos de l’être humain. Ce qui par contre est incontestable, c’est l’avancée grâce à Descartes quant à la considération de la conscience de soi. En effet, l’énoncé cartésien sur l’indépendance de la pensée a permis d’envisager l’être humain comme étant de prendre ses distances, pas seulement avec son environnement, mais également avec-lui-même et ce grâce à la conscience. Ce retour sur soi s’ajoute à la perception de l’extérieur, est particulièrement actif pour douter, et surtout est constitutif de l’identité. Est en effet identitaire ce qui nous caractérise, et la conscience est le seul outil à notre disposition pour en faire l’expérience. Sans faculté de représentation de soi, l’homme serait dans l’impossibilité de dire « je ». Sur ce point, Kant fait de la conscience de soi une réunion indépassable, transcendantale même, de toutes les interprétations du sujet, lui permettant ainsi de se définir en un « moi » réuni : « Le je pense doit nécessairement pouvoir accompagner toutes mes représentations ; car autrement il y aurait en moi quelque chose de représenté, qui ne pourrait pas être pensé, ce qui revient à dire que la représentation serait impossible, ou du moins qu’elle ne serait rien pour moi. […] Je désigne encore l’unité de cette représentation sous le nom d’unité transcendentale de la conscience de soi, pour indiquer la possibilité de la connaissance à priori qui en dérive. En effet, les représentations diverses, données dans une certaine intuition, ne seraient pas toutes ensemble mes représentations, si toutes ensemble n’appartenaient à une conscience de soi » (Critique de la raison pure – Kant).

 

La représentation ne peut ainsi être dissociée de la conscience. Mais l’inverse est-il possible ? Autrement dit, la conscience de soi peut-elle être intrinsèquement un objet de connaissance, indépendamment de toute idée représentée ? La représentation est en effet un travail du sujet sur les choses perçues, cette perception reposant sur ce que les sens nous adressent. La sensibilité serait ainsi motrice quant à la conscience de soi, mais par son caractère fluctuant, elle serait elle-aussi en contradiction avec l’idée d’un « moi » permanent, comme l’énonce Hume : « Il faut bien qu’il y ait quelque impression qui donne naissance à toute idée réelle. Mais le moi, ou personne, n’est pas une impression, mais ce à quoi sont supposées se rattacher nos différentes impressions et idées. Si une impression donne naissance à l’idée du moi, cette impression doit demeurer invariablement la même durant le cours entier de notre vie, puisque le moi est supposé exister de cette manière. Mais il n’existe aucune impression constante et invariable » (Traité de la nature humaine – Hume). Ainsi, le sensible serait à l’origine de soi, ce qui revient à réunir à nouveau le corps et la conscience, car l’expérience appartient avant tout au champ corporel. De plus, s’il faut avoir une connaissance de soi, celle-ci ne peut être obtenue sans observation. Il faut donc observer ce qui par ailleurs me permet d’observer, d’où un paradoxe préjudiciable à la neutralité qu’exige une connaissance sans soupçon. Auguste Comte y voit d’ailleurs une frontière infranchissable pour l’homme quant à détenir une pensée objective à propos de soi : « Par une nécessité invincible, l’esprit humain peut observer tous les phénomènes, excepté les siens propres. […] L’individu pensant ne saurait se partager en deux, dont l’un raisonnerait, tandis que l’autre regarderait raisonner. L’organe observé et l’organe observateur étant, dans ce cas, identiques, comment l’observation pourrait-elle avoir lieu ? » (Cours de philosophie positive – Auguste Comte). Est-ce à dire qu’il est plus aisé d’entrer dans la conscience d’autrui, en tant qu’individu observable ? Là-aussi, il existe une barrière entre l’observateur et l’observé qui ne peut être contournée. En effet, la conscience est intimement liée au vécu et il impossible d’entrer dans l’intériorité de chacun, d’expérimenter la conscience de l’autre. Celui qui observe n’a donc comme choix que d’interpréter les signes émis par le sujet observé. Cependant, Husserl considère que la conscience d’autrui est aussi accessible en tant que composante d’une intersubjectivité générale dans laquelle chacun s’y trouve. A partir de cette communauté, il est possible de se connaître soi car l’autre ne nous est pas différent. Il est également un moi, tout comme moi. Et la conscience personnelle est aussi et surtout, selon Husserl, une connexion au monde qui nous entoure avec cet autre qui comme moi occupe l’espace qui est le sien. Chacun participe ainsi à la vie de l’autre, et réciproquement : « Nous voyons, nous entendons, etc., et non pas simplement les uns à côté des autres, mais les uns avec les autres. De la même façon, l’autre voit ce que je ne vois pas, mais je participe, par le sens, à l’unité de notre vie, qui est une vie de communication, une vie d’échange par l’expression, et au sens le plus large par la parole. Et ce qui vaut pour l’expérience, vaut pour toute vie de conscience » (Crise – Ebauche de l’explication du monde de la vie – Husserl). Mais Husserl pose ici plus le principe du respect mutuel entre les hommes qu’il ne résout le problème d’une connaissance objective du moi. S’agit-il d’ailleurs d’une équation soluble ? Peut-être pas, et alors il faut admettre l’imperfectibilité de la conscience de soi et abandonner l’idée d’une donnée psychique absolue et incontestable. Par contre, la conscience peut être étudiée sous un angle relatif, à savoir qu’elle existe sous des degrés différents. Cette graduation serait fonction des aptitudes de chaque espèce, entre l’homme et l’animal par exemple, mais aussi selon les manifestations extérieures et l’interprétation qui en est faite : « Ainsi en ce qui concerne la « perception » extérieure, la différence entre une pierre et nous n’est qu’une différence de degré. La partie la plus importante de la notion de « conscience » concerne ce que nous découvrons par introspection. Non seulement nous réagissons envers les faits extérieurs, mais nous savons que nous réagissons. La pierre, croyons-nous, en sait pas qu’elle réagit ; mais, si elle le fait, elle est « consciente ». Ici aussi, l’analyse montre qu’il ne s’agit que d’une différence de degré » (Science et religion – Bertrand Russel).

 

En marge de l’interrogation sur l’absoluité de la conscience de soi, les philosophes se sont questionnées également sur le rapport que celle-ci entretient avec le corps. La conscience n’est-elle pas le lieu où s’enregistrent les états du corps, comme le laisse supposer Spinoza : « Ce n’est pas tout ; je crois qu’il n’est personne qui n’ait éprouvé que l’âme n’est pas toujours également propre à penser à un même objet ; mais à mesure que le corps est mieux disposé à ce que l’image de telle ou telle chose soit excitée en lui, l’âme est plus propre à en faire l’objet de sa contemplation » (Ethique – Spinoza). Certains, comme Nietzsche, vont jusqu’à penser que l’âme est un suppôt du corps, qu’elle lui est secondaire, apparue bien après que le corps humain soit sur Terre pour le préserver des menaces extérieures : « Généralement on prend la conscience elle-même comme assemblage sensoriel et instance supérieure ; du reste elle n’est qu’un moyen de communication ; elle s’est développée dans les rapports, eu égard aux intérêts de relation … « Relation » est entendu ici également pour l’influence du monde extérieur et les réactions que cette influence nécessite de notre part ; de même pour l’effet que nous exerçons au dehors. Ce n’est pas un conduit, mais un organe conducteur » (Fragments posthumes – Nietzsche). La conscience se trouve réduite à une partie de l’être et n’est plus considérée comme une détermination de la personne.

 

La pensée du XXème siècle va pourtant de nouveau accorder une place essentielle à la conscience, au travers de la phénoménologie, en la considérant comme le fondement même de la réalité. En effet, le réel existe parce qu’il est représenté, et cette représentation est la fait d’un être conscient de quelque chose. La conscience ainsi se révèle lorsqu’elle est face à un objet qu’elle saisit. En d’autres termes, point de pensée sans objet pensé. Husserl estime donc que la conscience est intentionnelle, qu’elle n’existe que parce qu’elle vise quelque chose, et peu importe que l’interprétation faite suite à cette visée soit véritable ou non, ceci ne limitant aucunement le champ conscient. La conscience est au monde, quelque soit la place qu’on lui accorde par rapport au corps. Corps et âme peuvent bien être deux entités distinctes, ou pas, tous deux participent de l’immersion de l’homme dans le réel, à tout instant et dans l’espace. C’est ainsi que Merleau-Ponty rompt avec la perspective cartésienne accordant au corps le statut d’objet analysable, mais aussi avec l’idée d’une conscience indépendante comme activité de pensée. Les deux ne sont possibles que réunies, car un corps sans conscience serait une matière inerte qui certes serait mais n’existerait plus, et la conscience ne peut se détacher du corps, sauf à considérer ce détachement dans une dimension religieuse. Et la seule connaissance que je peux en avoir, pris isolément ou non, est d’en faire l’expérience, soit d’être vivant : « Le corps n’est donc pas un objet. Pour la même raison, la conscience que j’en ai n’est pas une pensée, c’est-à-dire que je ne peux le décomposer et le recomposer pour en former une idée claire. […] Qu’il s’agisse du corps d’autrui ou de mon propre corps, je n’ai pas d’autre moyen de connaître le corps humain que de le vivre, c’est-à-dire de reprendre à mon compte le drame qui le traverse et de me confondre avec lui » (Phénoménologie de la perception –Maurice Merleau-Ponty).

 

Une autre piste d’exploration à propos de la conscience porte sur son éventuelle intégration dans un cadre collectif. Existe-t-il une conscience de masse, qui serait certes une synthèse des consciences personnelles, mais qui interférerait dans chacune d’entre elles ? Hegel et Marx ont théorisé sur cette influence supposée d’une pression collective vis-à-vis de l’individu, entraînant l’avènement d’une idéologie s’appliquant à tous, consciemment ou non. Marx estime notamment que les idées sont produites par les hommes, lesquels sont déterminés par leur activité productive. Ainsi, il n’existe pas de conscience individuelle qui soit indépendante, chacune étant adossée aux modes de production auxquels l’homme appartient : « La production des idées, des représentations et de la conscience est d’abord directement et intimement mêlée à l’activité matérielle et au commerce matériel des hommes, elle est le langage de la vie réelle. Les représentations, la pensée, le commerce intellectuel des hommes apparaissent ici encore comme l’émanation directe de leur comportement matériel » (L’Idéologie allemande – Marx et Engels). Le déterminisme, s’il existe, serait donc un facteur supplémentaire influant sur la prise de conscience de soi. Nous ne serions donc pas totalement maîtres, qu’il s’agit de nos actions, mais aussi dans notre façon de nous considérer. Quelques années plus tard, Freud ira plus loin encore en sortant du champ de la conscience pour développer une approche scientifique sur ce qui, selon lui, se trouve au plus profond de nous-mêmes et nous gouverne sans que nous en ayons le moindre aperçu ou si peu, à savoir l’inconscient.

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Commenter cet article

Léopold 20/10/2016 14:29

Philopher c'est refléchir avec la conscience

toalo 26/10/2016 15:56

la philosophie c est fait sur monte sa conscience haut delà du raisonnement

Daouda 10/02/2016 20:40

Philosopher c'est apprendre à reflechir sur soi meme

wanou 07/11/2015 21:29

philosopher c'est refléchir sue soi meme

toalo 26/10/2016 16:00

on peut reflechir sur soi meme selon les faits present , passe ou avenir

wanou 07/11/2015 21:28

philosopher c'est refléchir à soi