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Les chemins de la culture

Les chemins de la culture

Philosophie, économie, politique, littérature, la culture rendue accessible à tous

Faut-il en finir avec la métaphysique ?

Metaphysique.jpgLa métaphysique est un champ de réflexion portant sur des questions fondamentales, telles que l’être. On a coutume de la nommer ainsi, métaphysique, en référence à l’édition antique des œuvres d’Aristote, parce que les interrogations et propositions à laquelle elle renvoyait à son origine venaient après les travaux aristotéliciens sur la nature. Ainsi, métaphysique signifie étymologiquement ce qui vient après la physique, ce que confirme également son contenu. En effet, alors que la physique était initialement une observation du réel devenue par la suite une science expérimentale, la métaphysique elle est toujours restée au stade de l’intuition. S’interroger sur l’étant, l’être en soi et sur la cause première de ce qui est, maintient la pensée dans des abstractions que l’expérience ne peut investir. Les réflexions métaphysiques sont d’ordre ontologique, en prétendant penser la totalité du monde, le Tout. Ainsi, la science et la métaphysique s’écartent pour ce qui est de la méthode, empirique en grande partie pour la première en visant le particulier pour en extraire une loi ou inversement en éprouvant une hypothèse, intuitive pour la seconde en proposant uniquement avec la raison. La science d’ailleurs a une tendance à se méfier de la métaphysique, et parfois elle en vient même à la rejeter. Comment en effet, questionne-t-elle, peut-on envisager de réfléchir sur la totalité, alors que celui qui réfléchit est un être fini, singulier, dont la conscience ne peut viser que le particulier ? Si le monde est l’ensemble de ce qui est, de l’étant, il apparaît comme impossible qu’une individualité puisse saisir la totalité des choses, et cela même en s’y mettant à plusieurs. L’être est d’abord infini, car le limiter signifie qu’il existe quelque chose qui le limite, soit un étant de plus qui s’ajoute à ce qui est. L’être est également éternel si l’on considère qu’il ne peut pas être à partir de rien, en estimant que rien ne produit rien. Infini et éternel, l’être alors nous dépasse, nous autres, les humains, prisonniers de notre finitude. Et même si l’on conclut que le réel est avant tout phénoménal, donc expérimentable, aucun phénomène n’en constitue l’exhaustivité, et ce même en sommant tous les phénomènes recensés. Cette addition ne serait pas égale au réel, celui-ci étant aussi composé de ce qui est possible mais non réalisé. Le monde est également une puissance qui ne s’est pas encore transformée en acte, un néant qui potentiellement peut devenir, sans certitude qu’il devienne pour autant. Le phénomène quant à lui ne restitue pas ce qui n’est pas encore et qui peut-être sera demain ou ne sera jamais, alors qu’une chose est ce qu’elle est à un instant précis et aussi ce qu’elle pourrait être.

 

La métaphysique semblerait donc s’apparenter à une voie sans issue, une impasse. Certains pourtant s’essaient à la contourner, comme Kant en voulant modifier son contenu. Il faut selon lui abandonner toute recherche sur le Tout, sur l’absolu, qu’il présente comme un projet dont la fin est irréalisable à l’échelle humaine. Kant propose que soient pensées à la place les conditions fondamentales de la connaissance humaine, autrement dit ce qui à priori permet de connaître. Que puis-je savoir, tel est l’axe de réflexion qui l’anime et sur lequel il nous invite à nous concentrer. Cette invitation présente un intérêt non négligeable, car identifier les facultés à connaître ouvre des pistes à la découverte, mais en ferme également lorsque le penseur de Königsberg affirme que l’homme ne peut pas tout saisir. Cependant, une nouvelle question se pose à propos de la démarche de Kant et de ceux qui poursuivent sa logique : comment peuvent-ils déterminer ce qui est connaissable de ce qui ne l’est pas pour un être humain, alors qu’ils sont eux-mêmes homme, et donc tout autant que les autres indisposés à prendre toute la distance nécessaire pour juger d’un domaine dans son ensemble ? Peut-on vraiment échapper dans ce cas à l’arbitraire ? Ne vaut-il pas mieux tenter de tout explorer, sans se poser préalablement de limite, de façon à embrasser tout ou partie de ce qui est au lieu de se censurer, même s’il faut par la suite se corriger ? La science d’ailleurs n’avance-t-elle pas bien plus avec des corrections qu’avec des certitudes ? Il n’empêche que la limite d’investigation reste inconditionnelle chez certains pour qui la métaphysique n’est pas digne d’intérêt en la présentant dénuée de toute valeur apodictique. Les positivistes font partie de ceux-là, comme Auguste Comte qui considère la métaphysique comme « une sorte de théologie graduellement énervée par des simplifications dissolvantes ». Plus tard, le Cercle de Vienne, accueillant les néo-positivistes, poursuivent l’idée de Comte, en repoussant toute métaphysique, voire la condamnant pour aller s’inscrire dans le scientisme. Seule la science serait ainsi en mesure d’expliquer le Tout et de rendre compte de la cause originelle. Mais en déconsidérant toute initiative réflexive dépassant l’expérience, les scientistes ne cherchent-ils pas à promulguer la science comme modèle jusqu’à la vénération ? Une nouvelle religiosité avec les scientistes ? En outre, rejeter toute métaphysique prive la science d’une source d’idée. Comme nous l’avons dit, la métaphysique, mais aussi la philosophie, s’inscrivent dans une analyse sur ce que l’on ne sait pas. Mais rien ne dit que ce qui n’est pas su à une époque donnée ne le soit plus à l’avenir, et cela justement grâce à des forces intuitives qui apportent de nouveaux sujets d’étude, ou une nouvelle façon d’observer, à la science. La métaphysique repousse ainsi les frontières de l’expérience, lesquelles ne sont pas figées car rien n’est écrit, ni délimité, par une entité surnaturelle. De plus, aucun contour expérimental n’est déterminable, l’homme ne pouvant sortir du champ de l’expérience. Renoncer à la métaphysique, c’est donc circonscrire la science à une démarche exclusivement scientiste, ce qui va à l’encontre de son essence  progressiste.

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