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Les chemins de la culture

Les chemins de la culture

Philosophie, économie, politique, littérature, la culture rendue accessible à tous

De l'art et du goût - Philosophie de l'art

Art-gout.jpgL’art n’est pas un divertissement. En se divertissant, on s’oublie, ainsi que le monde. L’art par contre nécessite d’être disponible, que les sens soient en éveil pour pénétrer la vision du réel que nous livre l’artiste. L’œuvre artistique exige ainsi un effort du spectateur, mais en récompense elle lui donne un peu plus de culture, donc d’humanité. Il est donc faux de dire que l’art ne sert à rien, et sa présence quelque soit sa forme dans toute société, primitive ou non, démontre le contraire. Même dans des temps très reculés, l’homme s’est intéressé à l’art, en a fait un mode d’expression et d’interprétation du réel. Pourquoi cet attachement ? Parce qu’une œuvre d’art donne du plaisir, et ce plaisir est lié à la vision du beau. Ce rapport néanmoins rend l’art difficilement définissable. En effet, est artistique ce qui est reconnu comme tel par le plus grand nombre, donc porte en soi une valeur universelle, mais cette reconnaissance s’appuie avant tout sur le goût qui lui se détermine singulièrement. A titre de comparaison, il en est différent avec la science. Même si celle-ci prétend également à l’universalité, le goût en est exclu. Une démarche scientifique vise l’incontestabilité de ses résultats, à partir de l’expérience et de la démonstration. Pourtant, la science fait plus facilement débat que l’art. Personne aujourd’hui ne contredira l’assertion consistant à reconnaître Picasso comme l’un des plus grands artistes du XXème siècle. Par contre, Darwin et sa théorie de l’évolution naturelle suscitent encore des réserves. L’unanimité ne s’accommode pas forcément d’une activité dont l’objectivité des moyens est pourtant une condition essentielle de validité. Mais l’assentiment ne fait pas non plus l’art. Il est fréquent que les œuvres d’un artiste soient passées inaperçues aux yeux de ses contemporains. Le statut d’artiste arrive bien souvent après la mort. Pourtant, l’œuvre reste la même, quelque soit le temps passé. Une réalisation ne devient pas une œuvre d’art. Qu’est-ce qui alors induit ce décalage entre l’œuvre et son temps ? Le goût, ou plutôt la culture du goût. Une œuvre d’art ne se livre pas, nous l’avons dit, sans effort, donc sans un minimum de culture. Le statut d’artiste naît et s’entretient avant tout au sein du milieu artistique car il réunit des sensibilités familières de création originale. Puis, sont touchées parfois des personnes qui, sans être artistes, n’en sont pas moins averties au monde de l’art. Le grand public vient après. Cet enchaînement peut faire dire à beaucoup que l’artiste était en avance sur son temps pour justifier le décalage entre son œuvre et l’interprétation contemporaine qui en fût faite. Il s’agit pourtant bien plus d’une insuffisance de goût du spectateur, lequel n’a pas su reconnaître dans une représentation des qualités esthétiques. Avec l’art, le goût rencontre l’œuvre, contrairement à la logique commerciale visant à proposer ce qui plaît. Mais alors, qu’est-ce qui provoque cette rencontre ? Est-ce le fait de reproduire ce qui est beau dans la réalité ? A l’évidence non, car on trouve plutôt beau dans le réel ce qui ressemble à une œuvre d’art. S’agit-il alors d’une prouesse technique qui fait d’une transformation de la matière, une réalisation artistique ? Il est vrai que l’artiste dispose de compétences techniques, mais il n’est pas artisan. Son but n’est pas de donner une fonctionnalité à une chose en la transformant. L’artiste ne sert pas l’utile, et la technique ne peut donc pas être ce qui fonde son œuvre. L’art livre en effet des émotions, et c’est la façon dont l’artiste nous donne sa vision du réel qui émeut. Peu importe d’ailleurs qu’il ait raison ou non. Là n’est pas la question. D’ailleurs, toute entreprise est artistique à condition d’être une création originale. Ainsi, l’art est fascinant car il crée de l’universel à partir du singulier, mais il nous retient comme spectateur. L’universel artistique n’est pas reproductible, comme c’est le cas pour la science. On peut très bien reproduire un chef d’œuvre, mais il ne s’agira toujours que d’une imitation, car l’auteur original y a mis de son âme dans sa production. Nous dirons donc qu’une œuvre est de l’art car son originalité plaît ou plaira universellement.

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