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Les chemins de la culture

Les chemins de la culture

Philosophie, économie, politique, littérature, la culture rendue accessible à tous

Autrui fait du sujet un objet...ou la fin de la supériorité d'âme

Autrui-philosophie.jpgAvec les choses, parce qu’elles sont inanimées, il est encore possible de se penser comme un être les transcendant, les dépassant en s’imaginant qu’elles ne sont là que par notre bon vouloir. Mais vis-à-vis d’autrui, l’illusion n’est guère aisée, comme l’explique Merleau-Ponty : « Tant qu’il ne s’agit que des choses, nous nous sauvons facilement de la transcendance. Celle d’autrui est plus résistante. Car si autrui existe, s’il est lui aussi une conscience, je dois consentir à n’être pour lui qu’un objet fini, déterminé, visible en un certain lieu du monde.  S’il est conscience, il faut que je cesse de l’être. Or, comment pourrais-je oublier cette attestation intime de mon existence, ce contact de moi avec moi, plus sûr qu’aucun témoignage extérieur et condition préalable pour tous ? Nous essayons donc de mettre en sommeil l’inquiétante existence d’autrui. » Ainsi, un autre sujet fait de moi un objet dès lors que sa conscience me vise. Je ne suis cependant pas en reste, je fais de même à son égard. Toujours est-il que cette rencontre de consciences positionne chacun et de façon simultanée dans le temps et dans l’espace. Je ne puis plus me dire que je participe de l’infini comme avec les choses en considérant que celles-ci ne sont que dès l’instant où elles se trouvent être dans mon viseur, autrement dit lorsque j’ai conscience d’elles. Avec autrui, je suis fini et déterminé donc. Je suis dans le monde comme tout le reste, avec ce qui est, en-soi et pour-soi. Je suis présent comme tout ce qui est et tout ce qui existe. Rien ne m’autorise à penser que je puisse m’extraire de ce qui m’entoure pour mieux observer. Je suis dedans, sans au-delà, par le seul fait que mon corps est extériorisé avec autrui. Sartre, à ce propos : « S’il y a un Autre, quel qu’il soit, où qu’il soit, quels que soient ses rapports avec moi, sans même qu’il agisse autrement sur moi que par le surgissement de son être, j’ai un dehors, j’ai une nature ; ma chute originelle c’est l’existence de l’autre. » Autrui me transcende et je fais de même. La relation ainsi annule toute transcendance du sujet. Autrui sans visage est peut-être un absolu, mais une fois que ses traits ou sa silhouette m’est familier, il devient un être relatif, comme je le deviens. Je pourrais me cacher pour rester un autre sans visage. Mais ce ne serait-là qu’un leurre, car peut-être pense-t-il à moi ou pourrait-il le faire en m’ayant déjà aperçu. Mais même sans cela, il n’y a rien de transcendant à vivre en retrait du monde. Voilà toujours de quoi, d’un point de vue moral, démystifier toute supériorité d’âme supposée ou imposée.

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