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Les chemins de la culture

Les chemins de la culture

Philosophie, économie, politique, littérature, la culture rendue accessible à tous

L'amour, de Platon à Spinoza, en passant par Gainsbourg

Amour-Gainsbourg.jpgL’amour est une réjouissance et une joie. Je me réjouis de ce que j’aime et aimer me met en joie. L’amour ainsi a une cause, comme l’énonçait Spinoza : « L’amour est une joie qu’accompagne l’idée d’une cause extérieure » (Ethique – Spinoza). Il y a donc toujours un sujet, ou un objet, vers lequel tend l’amour, y compris s’il s’agit d’un amour de soi. Et la joie est présente lorsqu’il s’agit d’aimer et d’être aimé. Est-ce à dire que ce n’est que joie que d’aimer ? N’existe-t-il pas d’amour malheureux, d’amant triste, de chagrin d’amour ? Spinoza n’était-il pas trop optimiste en systématisant une association entre joie et amour ? Bien avant lui, Platon avait réfléchi sur l’idée d’aimer. Sa réflexion le portait à considérer l’amour comme un manque : « Ce qu’on n’a pas, ce qu’on n’est pas, ce dont on manque, voilà les objets du désir et de l’amour » (Le Banquet – Platon). On aimerait ainsi ce que l’on désire. Mais quand est-il une fois le désir satisfait ? Obtenir ce que l’on souhaitait détenir condamne le désir, ce qui, selon la définition de Platon, revient à tuer l’amour : je n’aime plus ce que je possède. La passion, en se nourrissant de convoitise, s’éteindrait une fois le désir satisfait. Le bonheur dans ces conditions serait alors impossible car la joie c’est d’aimer, et en désirant, on cherche à posséder ce que l’on veut aimer, et dès lors que l’on possède, on aime plus. « Ainsi toute notre vie oscille, comme un pendule, de droite à gauche, de la souffrance à l’ennui ». Schopenhauer s’inscrit ici dans la logique platonicienne : je souffre de ne pas avoir ce qui me manque, et je m’ennuie une fois obtenu ce que je ne peux plus désirer.

 

La démonstration de Platon, heureusement dirons-nous, n’est pas absolue. Elle est contestable en regard des couples aimants dont l’amour ne repose pas sur le manque. Il en est de même en ce qui concerne l’amour filial par exemple. Peut-on alors conclure que Spinoza a plus raison que Platon ? Ou moins tort ? La proposition spinoziste n’a pas non plus une valeur incontestable. Derrière un amour bien souvent est tapie une peur de perdre celle ou celui que l’on aime, et la joie se marie assez mal avec la crainte. Ainsi, Platon et Spinoza n’ont pas raison totalement, mais en partie, car l’amour se vit d’une façon qui n’a rien de linéaire. A l’orée d’une relation empreinte de promesses, le désir est présent et voilà ce qui fait aimer et pousse à la séduction. Il est question avant tout d’un amour individuel, s’agissant de détenir ce que je n’ai pas, de combler un manque personnel. Satisfait, la joie m’assaille et je me réjouis, pour reprendre Spinoza, de cet état de satiété qui désormais m’anime. Mais cet amour est-il tenable dans une position de contentement personnel ? Que se passe-t-il une fois disparu ce manque qui entretenait mes rêves ? Sommes-nous alors condamnés à la séparation, comme le prévoyait Gainsbourg : « On aime quelqu’un pour ce qu’il n’est pas, on le quitte pour ce qu’il est » ? Non si l’amour change, c’est-à-dire qu’il n’est plus l’aboutissement d’un désir comblé, pour devenir un échange, un don de soi partagé et réciproque. Ainsi, l’amour des débuts qui prend évolue vers un amour qui donne. On aime l’autre non plus exclusivement pour ce qu’il nous rapporte, mais pour lui faire du bien. L’égoïsme des débuts qui ne peut durer est alors dépassé, même s’il est toujours question d’une relation bénéfique sur le plan personnel, mais le bénéfice se constitue d’une joie offerte et qui me revient en retour. Est-il possible d’aller encore plus loin dans l’amour ? Peut-on aimer sans rien attendre ? L’amour absolument désintéressé est-il la fin ultime dans le fait d’aimer ? Peut-on, comme le recommandent les Evangiles, aller jusqu’à aimer ses propres ennemis ? N’est-ce pas là un projet qui n’est qu’illusion ? Une réponse est difficile à donner sans avoir essayé. Ce qui par contre est certain, c’est que de l’amour de soi jusqu’à l’amour sans réciprocité, la joie est présente, à des degrés différents. C’est surtout de ne plus aimer qui éteint toute joie et condamne la vie, car même si celle-ci nous est donnée, encore faut-il aimer pour vivre.

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